Carolyn Carlson pr�sente � Bastia puis � Ajaccio son dernier solo, Writing
on water. Il �tait une fois une longue dame blonde en qu�te du � geste
unique et pur �
La dame est Poissons ascendant Cancer� Deux signes d�eau. C�est �gal, m�me
si l�on n�accorde aucune foi � l�astrologie, on ne peut que trouver la
co�ncidence int�ressante, ou � tout le moins amusante.
Pour Carolyn Carlson, � la danse symbolise l�eau �. Cette eau qu�on ne
saurait longtemps retenir entre ses doigts, toujours en mouvement. Comme l�
eau, � la danse est fugitive �. Aussi, avec son dernier solo, Writing on
water, est-elle tout � fait dans son �l�ment, dessinant sur l�immense
�tendue d�eau projet�e en fond une gamme de tressaillements, de
fr�missements, d�ondulations. Ainsi se parle-t-elle � elle-m�me, � sans
mots � dans un � rapport direct avec la danse �. Une n�cessit� pour cette
chor�graphe qui a cr�� plus de 70 spectacles et qui, tout en affirmant
adorer travailler avec d�autres danseurs � dont Marie-Claude Pietragalla, qu
�elle a dirig�e dans Don�t look back� n�en confesse pas moins �prouver
r�guli�rement � environ tous les cinq ans � le besoin de � revenir
irr�m�diablement au solo �. Pour le bonheur de ne plus avoir rien �
expliquer � personne, d��tre l�, seule en sc�ne, de vivre ces instants o� il
n�y a plus aucune place pour quelque pens�e que ce soit : � je ne pense pas
! je suis la forme �. Comme l�eau, elle ne peut rester fig�e, il faut qu�
elle aille de l�avant, qu�elle se lance de nouveaux d�fis. C�est bien la
raison pour laquelle, dit-elle, elle est encore l�, � danser et cr�er, � son
�ge� Elle a 61 ans, Carolyn Carlson. Elle en avait 59 � la cr�ation de son
Writing on water, le 15 mars 2002, au Teatro Malibran de Venise. A cet �ge,
les danseurs de l�Op�ra sont � la retraite depuis des lustres, contraints qu
�ils sont de quitter la sc�ne lorsqu�arrive la quarantaine. Une �poque o�,
de l�avis de Carolyn Carlson, le danseur est pourtant toujours en pleine
vitalit� et poss�de d�sormais la force de la maturit�. Elle reconna�t pour
sa part, sans la moindre r�ticence, que pass�e la cinquantaine, le corps se
fait moins docile, plus raide, et qu�il faut redoubler de travail pour l�
amadouer, en s�exer�ant chaque jour sans r�pit. Mais c�est un bonheur
suppl�mentaire pour elle� Masochiste, la dame ? Sans doute pas.
Asc�te, alors, � tout le moins ? Il est vrai que lorsqu�on l��voque, s�
impose bien souvent la vision d�un corps longiligne, �pur� et d�un visage
�maci�. Vision aust�re que semblent venir corroborer la discipline de fer,
le r�gime v�g�tarien et la m�ditation quotidienne. On l�imagine mal costum�e
en serin, on a peine � se la figurer en majorette, et moins encore en show
girl. Et pourtant ! N�e en Californie, de parents d�origine finlandaise,
elle a trois ans lorsque sa m�re, ancienne chanteuse lyrique, l�inscrit � un
cours de danse. Douze ans plus tard, la voil� dans un spectacle, en tutu
jaune, tenant le r�le d�un canari : souvenir horrifi� d�une prestation
grotesque qui lui vaut de quitter la sc�ne sous les rires et les sifflets.
Elle laisse tomber la danse qu�elle adorait pourtant, se plonge � fond dans
le trip californien � la plage, les gar�ons, les voitures� et devient
cheerleader de l��quipe de foot du coll�ge. Puis, dans les ann�es 60, � l�
universit� de l�Utah, o� elle �tudie la philosophie et le th��tre, elle
rencontre le chor�graphe new yorkais Alwin Nikolais. � Un choc � se
souvient-elle, et la la d�couverte que la danse est un moyen d�_expression,
de cr�ation. Pour payer son voyage et ses cours � New York, elle jouera un
temps la show-girl dans une bo�te de Los Angeles. Elle sera durant sept ans
la figure embl�matique de la compagnie d�Alwin Nikolais, avec laquelle elle
parcourt le monde et remporte en 1968 le Prix du meilleur danseur au
festival international de danse de Paris. Mais c�est au sein de la compagnie
d�Anne B�ranger, o� elle est soliste et chor�graphe, qu�elle cr��e sa
premi�re pi�ce, Rituel pour un r�ve mort, pr�sent� en 1972 � Avignon. En
1974, Rolf Liebermannn qui dirige l�Op�ra de Paris l�y invite comme
chor�graphe �toile : une v�ritable r�volution au Palais Garnier ! Au d�but,
les danseurs de l�Op�ra collaborent de mauvaise gr�ce avec cette
Californienne qui pr�tend � les faire travailler par terre � ! Mais
Liebermann persiste et fonde le Groupe de recherches th��trales de l�Op�ra
de Paris dont il lui confie la direction, et o� seront form�s, entre autres,
Patrick Dupont et Marie-Claude Pietragalla. En 1980, Liebermann quitte l�
Op�ra de Paris, Carolyn Carlson aussi. Elle voyage, forme d�autres danseurs,
� Venise, Helsinki, Stockholm, fonde l�atelier de Paris Carolyn Carlson.
Aujourd�hui, � plus de 60 ans, elle a conserv� non seulement cette
silhouette presqu�androgyne que lui envieraient bien des adolescentes, mais
aussi cette certitude que � l�essentiel est de vivre � fond ce que tu fais,
puisque la danse n�existe que dans la gr�ce de l�instant, c�est l�art de l�
�ph�m�re (...) Nous autres danseurs, nous volons des moments de gr�ce � l�
univers �. Au th��tre de Bastia le 17 d�cembre, au th��tre Kallist� d�
Ajaccio les 21 et 22 d�cembre. Et pour aller plus loin, l�ouvrage Solo,
po�mes et dessins � l�encre de Chine sign�s Carolyn Carlson, paru aux
�ditions Alternatives.
�lisabeth Milleliri
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