
"Les consommateurs n'ont plus le choix. Quand ils ach�tent du porc - et ils en consomment pas loin de 35 kg par an -, ils doivent se contenter de cochons industriels! En effet, 98%, pour ne par dire 100%, de la viande de porc pr�sente sur les �tals proviennent d'�levages hors sol intensifs. Qu'ils viennent de Bretagne, d'Aquitaine, de Champagne, de Belgique, de Hollande, de Grande-Bretagne ou d'Allemagne... tous sortent de l'usine � cochons.
Fini la vie de goret ! Exit le temps pas si lointain o� dans chaque ferme on engraissait le cochon. L'animal se nourrissait des restes de la table. L'eau de vaisselle sans d�tergent allongeait sa soupe. De temps � autre, une bonne auge de fourrage, de pommes de terre, de topinambours, de betteraves ou de glands, le tout parfois arros� de petitlait. A l'or�e de l'hiver, la b�te ainsi choy�e faisait ses 400 livres avec une couche de lard de 20 cm sous les soies. On tuait alors le cochon o� tout �tait bon.
C'est dans les ann�es 50 que se sont ouvertes les premi�res porcheries industrielles sur le mod�le am�ricain. En Europe, ce sont les Danois qui se lancent les premiers dans le porc en batterie. Le mod�le est copi� dans le monde entier. On va d�sormais produire du cochon � la cha�ne en Bretagne de la m�me fa�on qu'on l'�l�ve dans l'Illinois, en Hollande, en Espagne ou en Norv�ge. Les races locales disparaissent une � une. Elles sont balay�es par les nouveaux hybrides mis au point par les g�n�ticiens. Adieu porcs basque, corse, gascon ou Cul noir du Limousin, place au Land Race et au Large White, qui devient "larjouit " dans les campagnes. Cette nouvelle g�n�ration de cochon est taill�e pour l'industrie. D'abord les m�res, celles qu'on appelle encore les truies : les plus prolifiques ont jusqu'� quinze porcelets par port�e. C'est cinq de plus en moyenne qu'il y a vingt ans ! Quant aux rejetons, ils sont programm�s pour engraisser vite et pas cher.
Manger peu et grossir rapido, voil� ce que l'on exige du porc aujourd'hui. A l'�ge de 6 mois, le cochon est d�j� bon pour l'abattoir. Il p�se � peine 100kg, le poids standard requis, 20% de gras contre 40% en 1975. En vingt-cinq ans, les g�n�ticiens ont r�ussi � remplacer 5 kg de gras par 5 kg de maigre. Du coup, le lard dorsal - la mati�re premi�re noble des fabricants de saucissons secs - a fondu comme neige au soleil: moins de 1 cm contre 15 � 20 cm chez les bonnes vieilles races rustiques. Cette chasse g�n�tique aux tissus adipeux a �t� fatale pour le go�t de la viande de porc. Car c'est en bonne partie le gras, m�me si on ne le mange pas, qui lui conf�re sa saveur. Et c'est ainsi que dans le cochon light le filet mignon a autant de go�t qu'un morceau de carton.
Engraiss�s trop vite, abattus trop jeunes, les porcs d'usine ne voient le jour que le temps de monter dans le camion pour l'abattoir. Castr�s puis sevr�s � l'�ge de 3 semaines, ils sont mis en cases par lots de 15 � 20. Ils b�n�ficient royalement de 0,65 M2 chacun pour s'�battre dans une atmosph�re satur�e en ammoniac. Auparavant, l'�leveur a pris soin de leur couper la queue et de tailler leurs dents pour �viter qu'ils ne se mangent entre eux. Il faut dire que la soupe n'est pas sp�cialement rago�tante. L'alimentation des b�tes repr�sentant plus des deux tiers du co�t de production, l'�leveur tambouille pas cher et efficace.
Longtemps consid�r� comme la "poubelle" de la table familiale, le cochon est descendu au rang de "vide-ordures" des industries agro-alimentaires internationales, d�bris de sous-produits de ma�s am�ricains, m�lasse pakistanaise, pellets d'agrumes br�siliens, citrus canadiens, farines animales espagnoles... dans les porcheries, c'est McDo tous les jours ! Car pour atteindre au moindre co�t le meilleur �quilibre nutritionnel pour le porc les marchands d'aliments m�langent les " d�chets " de l'industrie agroalimentaire mondiale � l'image de ce "corn gluten feed" am�ricain, sous-produit de l'amidonnerie de ma�s, dont les �levages de porcs bretons sont particuli�rement friands. La pitance du cochon devient de plus en plus exotique - asiatique, am�ricaine, africaine... C'est pourquoi les �levages industriels de cochons se sont concentr�s autour des grands ports europ�ens au plus pr�s des cargos. C�t� tra�abilit�, c'est moyen !
S'inqui�te-t-on de savoir si ces cargaisons de cochonneries n'ont pas �t� contamin�es par des toxines, des r�sidus de m�taux lourds ou de la dioxine? Les douanes et les services de la R�pression des fraudes sont d�bord�s, et n'ont ni le temps ni les moyens. Les analyses sont hors de prix. Par exemple, pour une recherche de dioxine, il faut compter plusieurs milliers de francs. Et en France deux laboratoires seulement sont capables sur le plan technique de r�aliser ces savantes analyses. R�sultat : les cargaisons des bateaux sont rarement contr�l�es dans les ports d'arriv�e. Et les fabricants d'aliments, pour les m�mes raisons sonnantes et tr�buchantes, ne font pas d'analyse syst�matique. Les cochons vivent dans un air satur� de m�thane d� � leurs excr�ments. Cons�quemment 60% d'entre eux sont atteints de diverses maladies dont, entre autres: des syndromes respiratoires, arthrite, salmonellose, gastroent�rite etc. Nourris avec des moul�es contenant des farines animales (carcasses provenant de corps et d'os d'animaux malades, y compris de chiens et de chats euthanasi�s chez les v�t�rinaires), bourr�s d'antibiotiques, d'hormones de croissance et d'autres drogues, lorsque les cochons ont atteint leur poids (250 livres d�s l'�ge de 6 mois) ils sont charg�s dans des camions pour se rendre aux abattoirs. Un nombre consid�rable de porcs partiront malades, bless�s et/ou handicap�s.
Pourtant la mauvaise surprise n'est pas � exclure. Ainsi en 1998 un chargement de 100 000 tonnes de pellets d'agrumes, des d�chets de l'industrie du jus d'orange - �a change du ma�s -, en provenance de S�o Paulo a �t� mis sous scell�s en Allemagne. Motif : il �tait bourr� de dioxine. Apr�s enqu�te, on a d�couvert que l'usine br�silienne de jus d'orange utilisait de la chaux pour d�shydrater les d�chets d'agrumes et les transformer en pellets. Or la chaux en question �tait contamin�e par la dioxine !
Pour un chargement d'aliments stopp� � temps, combien de cargaisons de cochonneries sont-elles arriv�es � mauvais porc?"
Source : terresacree.org