March 19, 2005

98% des porcs français sortent des usines à cochons

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"Les consommateurs n'ont plus le choix. Quand ils achètent du porc - et ils en consomment pas loin de 35 kg par an -, ils doivent se contenter de cochons industriels! En effet, 98%, pour ne par dire 100%, de la viande de porc présente sur les étals proviennent d'élevages hors sol intensifs. Qu'ils viennent de Bretagne, d'Aquitaine, de Champagne, de Belgique, de Hollande, de Grande-Bretagne ou d'Allemagne... tous sortent de l'usine à cochons.

Fini la vie de goret ! Exit le temps pas si lointain où dans chaque ferme on engraissait le cochon. L'animal se nourrissait des restes de la table. L'eau de vaisselle sans détergent allongeait sa soupe. De temps à autre, une bonne auge de fourrage, de pommes de terre, de topinambours, de betteraves ou de glands, le tout parfois arrosé de petitlait. A l'orée de l'hiver, la bête ainsi choyée faisait ses 400 livres avec une couche de lard de 20 cm sous les soies. On tuait alors le cochon où tout était bon.

C'est dans les années 50 que se sont ouvertes les premières porcheries industrielles sur le modèle américain. En Europe, ce sont les Danois qui se lancent les premiers dans le porc en batterie. Le modèle est copié dans le monde entier. On va désormais produire du cochon à la chaîne en Bretagne de la même façon qu'on l'élève dans l'Illinois, en Hollande, en Espagne ou en Norvège. Les races locales disparaissent une à une. Elles sont balayées par les nouveaux hybrides mis au point par les généticiens. Adieu porcs basque, corse, gascon ou Cul noir du Limousin, place au Land Race et au Large White, qui devient "larjouit " dans les campagnes. Cette nouvelle génération de cochon est taillée pour l'industrie. D'abord les mères, celles qu'on appelle encore les truies : les plus prolifiques ont jusqu'à quinze porcelets par portée. C'est cinq de plus en moyenne qu'il y a vingt ans ! Quant aux rejetons, ils sont programmés pour engraisser vite et pas cher.

Manger peu et grossir rapido, voilà ce que l'on exige du porc aujourd'hui. A l'âge de 6 mois, le cochon est déjà bon pour l'abattoir. Il pèse à peine 100kg, le poids standard requis, 20% de gras contre 40% en 1975. En vingt-cinq ans, les généticiens ont réussi à remplacer 5 kg de gras par 5 kg de maigre. Du coup, le lard dorsal - la matière première noble des fabricants de saucissons secs - a fondu comme neige au soleil: moins de 1 cm contre 15 à 20 cm chez les bonnes vieilles races rustiques. Cette chasse génétique aux tissus adipeux a été fatale pour le goût de la viande de porc. Car c'est en bonne partie le gras, même si on ne le mange pas, qui lui confère sa saveur. Et c'est ainsi que dans le cochon light le filet mignon a autant de goût qu'un morceau de carton.

Engraissés trop vite, abattus trop jeunes, les porcs d'usine ne voient le jour que le temps de monter dans le camion pour l'abattoir. Castrés puis sevrés à l'âge de 3 semaines, ils sont mis en cases par lots de 15 à 20. Ils bénéficient royalement de 0,65 M2 chacun pour s'ébattre dans une atmosphère saturée en ammoniac. Auparavant, l'éleveur a pris soin de leur couper la queue et de tailler leurs dents pour éviter qu'ils ne se mangent entre eux. Il faut dire que la soupe n'est pas spécialement ragoûtante. L'alimentation des bêtes représentant plus des deux tiers du coût de production, l'éleveur tambouille pas cher et efficace.

Longtemps considéré comme la "poubelle" de la table familiale, le cochon est descendu au rang de "vide-ordures" des industries agro-alimentaires internationales, débris de sous-produits de maïs américains, mélasse pakistanaise, pellets d'agrumes brésiliens, citrus canadiens, farines animales espagnoles... dans les porcheries, c'est McDo tous les jours ! Car pour atteindre au moindre coût le meilleur équilibre nutritionnel pour le porc les marchands d'aliments mélangent les " déchets " de l'industrie agroalimentaire mondiale à l'image de ce "corn gluten feed" américain, sous-produit de l'amidonnerie de maïs, dont les élevages de porcs bretons sont particulièrement friands. La pitance du cochon devient de plus en plus exotique - asiatique, américaine, africaine... C'est pourquoi les élevages industriels de cochons se sont concentrés autour des grands ports européens au plus près des cargos. Côté traçabilité, c'est moyen !

S'inquiète-t-on de savoir si ces cargaisons de cochonneries n'ont pas été contaminées par des toxines, des résidus de métaux lourds ou de la dioxine? Les douanes et les services de la Répression des fraudes sont débordés, et n'ont ni le temps ni les moyens. Les analyses sont hors de prix. Par exemple, pour une recherche de dioxine, il faut compter plusieurs milliers de francs. Et en France deux laboratoires seulement sont capables sur le plan technique de réaliser ces savantes analyses. Résultat : les cargaisons des bateaux sont rarement contrôlées dans les ports d'arrivée. Et les fabricants d'aliments, pour les mêmes raisons sonnantes et trébuchantes, ne font pas d'analyse systématique. Les cochons vivent dans un air saturé de méthane dû à leurs excréments. Conséquemment 60% d'entre eux sont atteints de diverses maladies dont, entre autres: des syndromes respiratoires, arthrite, salmonellose, gastroentérite etc. Nourris avec des moulées contenant des farines animales (carcasses provenant de corps et d'os d'animaux malades, y compris de chiens et de chats euthanasiés chez les vétérinaires), bourrés d'antibiotiques, d'hormones de croissance et d'autres drogues, lorsque les cochons ont atteint leur poids (250 livres dès l'âge de 6 mois) ils sont chargés dans des camions pour se rendre aux abattoirs. Un nombre considérable de porcs partiront malades, blessés et/ou handicapés.

Pourtant la mauvaise surprise n'est pas à exclure. Ainsi en 1998 un chargement de 100 000 tonnes de pellets d'agrumes, des déchets de l'industrie du jus d'orange - ça change du maïs -, en provenance de Sâo Paulo a été mis sous scellés en Allemagne. Motif : il était bourré de dioxine. Après enquête, on a découvert que l'usine brésilienne de jus d'orange utilisait de la chaux pour déshydrater les déchets d'agrumes et les transformer en pellets. Or la chaux en question était contaminée par la dioxine !

Pour un chargement d'aliments stoppé à temps, combien de cargaisons de cochonneries sont-elles arrivées à mauvais porc?"

Source : terresacree.org

Posted by noemie