March 20, 2005

running out of tapes...

Ce livre, Voyages, de Depardon est vraiment magnifique. Je ne vais pas me répéter et ré expliquer pourquoi j'aime autant la démarche de Depardon (j'en ai déjà parlé dans des précédents posts...) mais c'est exactement comme ça que je conçois la photographie. Communiquer avec des images, et les illustrer de mots de temps en temps, raconter un peu l'état dans lequel on se trouve, au moment où l'on prend des photos. Voyages est le carnet de voyages de Raymond Depardon, et c'est exactement comme ça que j'ai toujours pensé mes propres carnets de voyages. J'ai toujours un/des cahier(s) que j'emmène partout avec moi et j'écris toujours énormément. Souvent je place des anotations, sur les photos que je suis en train de prendre, j'y rapporte mes impressions sur l'instant présent, les lieux, les gens, sur ce que je ressens, mes idées (mon cerveau ne se met en marche que quand je voyage... ce qui n'est pas toujours pratique..). Je le fais surtout pour ne pas oublier. C'est une de mes grandes phobies ça, l'oubli. J'ai peur d'oublier les gens, les idées, les discussions, peur d'oublier les raisons de ma colère et toutes les bonnes résolutions qui en découlent. Je déteste l'idée même que des voiles puissent se déposer sur ces instants forts et les obscurcir, les rendre lointains... donc pour lutter contre l'oubli, j'écris, j'écris, j'écris, et je photographie. J'ai besoin de laisser une trace, pour ne rien perdre en route. Que ce soit en voyage, dans des abattoirs, sur un marché aux animaux, en tournée avec des groupes, ou lors de n'importe quelle aventure, j'écris et je photographie pour capturer ces morceaux de ma vie. C'est tout ce qui me nourrit/construit, ce qui fait que je suis comme ça... Ne rien oublier, ni les gens avec qui je passe de bons moments, ni ces instants de grace où tout est si parfait, ni les animaux dans les abattoirs, ni toutes les pires horreurs que j'y ai trouvé, qui sont les pires choses que j'ai vu de toute ma vie. Je ne veux jamais oublier cet enfer qui alimente ma colère et me donne tant de raisons de continuer de lutter... Euh pourquoi je raconte tout ça moi? ah oui, l'oubli. voilà... Il me semble que Depardon a la même démarche avec ses carnets de voyages, même si ses textes sont un peu vagues, voir flous... ils illustrent très bien ce qu'il ressentait alors... s'il était amoureux, ou un peu perdu, heureux, ou en pleine errance...

Ce matin j'ai ajouté une nouvelle photo sur mon photoblog. Il s'agit d'un aperçu de mon projet de livre en solo... oui car il va y avoir des livres cette année. Oui je sais ça fait des mois que j'en parle, mais ça avance... même si quand je rentre sur orléans j'ai le sentiment de glandouiller, ce qui n'est pas tout à fait vrai. Je suis rentrée de ma dernière excursion avec 26 films, qui contiennent les images de plusieurs projets photographiques que j'ai sur le feu en ce moment. Des expos, de l'édition... donc non, je ne glandouille pas. C'est juste ces moments de battement, ces petits moments de calme avant la tempête qui me donnent l'impression de m'enliser un peu... mais ce n'est pas tout à fait vrai. En fait j'ai une masse de travail titanesque qui m'attend...

bonne journée,

noémie.

"je roule, je roule
jusqu'à m'abrutir
jusqu'à ne plus penser à rien
un peu pour renaître demain
et goûter le plaisir d'une nouvelle journée
au bout de l'autoroute
dans le désert
dans la vallée de la Mort
puisque la route y passe.
Voyager et n'être rien du tout
ni touriste, ni reporter
ne chercher aucune performance...
Ne rien chercher à prouver."

- Arizona,1982 -

Depardon, "Voyages"

Posted by noemie