July 2005 Archives

checkez donc moi �a...

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Bon ben voil�, j'ai pass� ma petite commande annuelle de fringues chez Herbivore Clothing... j'aime beaucoup ce que fait ce collectif d'artistes vegans de portland, oregon. ils se sont fix�s comme but de promouvoir la culture v�g�tarienne, � travers leurs v�tements et leur magazine. ce qui est classe c'est que chez eux tout est print� sur des tshirts/sweats/sous v�tements American Apparel, une des marques avec l'�thique la plus irr�prochable que je connaisse, tant au niveau �cologique qu'humanitaire.
Herbivore clothing c'est donc friendly pour les animaux, les humains, l'environnement... et les textes de pr�sentation me font toujours autant rire.

Beaucoup moins dr�le : 148 morts en inde, � Mumbai et dans le maharastra � cause de la mousson... ils ont trouv� 16 bombes hier soir dans une voiture � londres... d�cid�ment un monde meilleur est s�rement possible mais va falloir s'y mettre � plusieurs...

bonne matin�e,

no�mie.

chui malade, donc lisez ce post en imaginant un filet de voix rauque et cass�, genre masha beranger sur france inter...

je suis donc rentr�e de mon excursion espagnole avec une saloperie de grosse sinusite qui m'a coll� de bonnes insomnies et qui m'a beaucoup fatigu�e. j'en ai eu mal aux dents et l� je sens que c'est en train de virer bronchite avec une sale toux. bon, je vous �pargne mon bilan de sant�. je vous raconterais l'espagne plus en d�tail plus tard ou plus bas, selon mon �tat. Ce soir tout ce dont je me souviens, c'est que le compte vue de mon Leica s'est bloqu� � 38, que ma super tisane ail - gingembre soigne tout, mais l� il faut en prendre beaucoup, que algorta est un chouette endroit (muchas gracias javier!!), que le guggenheim ferait bien d'arr�ter de vouloir faire dans le mus�e pour classe de 6�me avec sa m�ga expo sur les azt�ques qui prend tant de place et de consacrer un peu plus d'espaces aux artistes contemporains (puisque c'est de �a qu'il y est question, non?) comme sam francis, mark rothko, clyford still, willem de kooning, david smith, richard long, serra, et consorts... qu'ils devraient aussi penser � faire r�gler leur clim, car le cercle polaire arctique en pleins bilbao en juillet... c'est chelou. La gauche de mundaka est belle et bien d�c�d�e jusqu'� nouvel ordre et la qualit� de l'eau en espagne n'est pas une r�f�rence, � en croire cette magnifique infection des sinus que j'ai chop� d�s mon premier jour � l'eau :o(

ah oui et jeff koons = beurk. je vous rassure, il n'est pas expos� au guggenheim en ce moment (ce n'est donc pas l� l'origine de ma maladie), mais je viens d'apprendre que c'est lui l'auteur du "puppy" en massif de fleurs qui se trouve � l'entr�e du b�timent. sur le coup cette sculpture me plaisait bien, mais maintenant que je sais que c'est koons qui est derri�re, je me m�fie... je m'attend � ce que la dite sculpture s'ouvre en deux et que l'on en voit sortir la cicciolina... je vous passe la suite...

sinon j'ai donc long� la c�t� atlantique du pays basque espagnol. depuis la france jusqu'� bilbao. j'ai vu de chouette paysages, et j'ai fais pas mal de photos. le wi fi c'est mortel.

et euh.. j'ai mal la gorge :o(

bonne nuit,

no�mie.

nouvelle photo en ligne...

une nouvelle s�rie de photos est en ligne sur mon photoblog... prises au lomo le jour de la f�te de la musique quelque part entre Orl�ans et Dunkerque. je pars faire des photos en espagne pendant environ une semaine. Je posterais surement pas mal de posts d'un coup � mon retour car, comble du luxe, j'ai un ordinateur portable depuis une quinzaine de jours. je vais donc continuer d'�crire mes posts normalement et je les mettrais en ligne d�s que je serais de nouveau � proximit� d'une connection internet.

bonne semaine,

no�mie.

Les gravity slaves en concert � blois (41), si si c'est possible... ils vont jouer avec unsane au chateau d'o le 9 aout (cf : ICI)

je pense que �a va �tre pas mal du tout cette histoire l�, les gravity se sont rod�s en slov�nie (oui... pauvres Slov�nes...) donc m'est avis qu'ils vont envoyer du tr�s gros (enfin... si princesse thibault daigne se d�placer, et si dame Dudu veut bien se donner la peine de nous faire une petite dance, vois avec bounce man pour la chor�graphie...)

:o)

no�mie.

citation du jour...

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"I am no more lonely than the loon in the pond that laughs so loud, or than Walden Pond itself. What company has that lonely lake, I pray ? And yet it has not the blue devils, but the blue angels in it, in the azure tint of its waters. The sun is alone, except in thick weather, when there sometimes appear to be two, but one is a mock sun. God is alone, - but the devil, he is far from being alone; he sees a great deal of company; he is legion. I am no more lonely than a single mullein or dandelion in a pasture, or a bean leaf, or sorrel, or a horse-fly, or a humble-bee. I am no more lonely than the Mill Brook, or a weathercock, or the north star, or the south wind, or an April shower, or a January thaw, or the first spider in a new house."

(Solitude, Walden by Henry David Thoreau, 1854)

source : le blog de khyungpo, walden pond 1

je n'ai jamais lu ce livre mais �a me donne tr�s envie de le d�couvrir, je sens bien qu'il va me plaire... d'ailleurs nous avons bien souvent les m�mes go�ts avec khyungpo (j'avais ador� ce livre que tu m'avais fais d�couvrir l'ann�e derni�re, "Sous le r�gne de bone"...). Donc je sens bien que walden va �tre une de mes prochaines lectures, et que je vais adorer. merci beaucoup khyungpo :o)

bonne journ�e � tous,

no�mie.

les vaches rouges...

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j'avais eu cette id�e pendant un temps, de faire un blog sur la cause animale l'ann�e derni�re.. mais pour des raisons de .fr qui mettait trop de temps � �tre disponible, j'ai pr�f�r� continuer de militer sur le net en mon nom, ici m�me. il n'emp�che je suis tomb� sur ce blog ci, qui vaut le coup de clic.

oui je sais, j'ai post� quelques posts un peu longs cette semaine, mais je trouve ces textes tellement int�ressants que je me suis dis qu'il fallait que je les posts, malgr� leur taille... j'esp�re que �a ne vous a pas trop ennuy�...

j'ai tr�s mal au cr�ne depuis hier soir. comme si une �norme barre de fer s'�tait coinc�e entres mes deux tempes et �tait bien d�cid�e � rester comme �a au dessus de mes sourcils. j'ai les yeux tout gonfl�s aussi, et je dois retourner faire des tirages le nez dans les chimies photos. �a ne me dit rien du tout l�...

bonne soir�e � tous,

no�mie.

Au printemps 1953, Jack lit une fois encore Walden, dans la solitude de l�appartement qu�il partage avec M�m�re, � Richmond Hill. " Je trouve salutaire d��tre seul la plus grande partie du temps. �tre en compagnie, f�t-ce avec la meilleure, est vite fastidieux et dissipant. J�aime � �tre seul. Je n�ai jamais trouve de compagnon aussi compagnon que la solitude. " Subjugu� par la puret� de la vie simple d�fendue par Thoreau, Jack fait ensuite quelques lectures de vulgarisation sur le bouddhisme. La naissance est � l�origine de toute douleur, la vie n�est donc que souffrance. Ce que l�on croit permanent est inconstant � l��me est impermanente. Le Moi coh�rent, d�fini, n�existe donc pas. La doctrine du non-Moi nie l�existence d�un ego r�el dans notre vie psychique. Le Moi est la source de l�ignorance et de la transmigration, donc du cercle de la souffrance. La premi�re cause de la douleur est le d�sir. La seconde est le manque de ma�trise de soi. La troisi�me est l�ignorance.

D�excellente humeur, Jack rend visite � Ginsberg et Burroughs qui partagent un appartement dans le Lower East Side, travaillant sur la
finition de leur correspondance Les Lettres du Yage et le second roman
de Bill, Queer. �bloui par ses derni�res lectures, Jack tente de les
initier aux Quatre V�rit�s. Sans succ�s. Ginsberg reconna�t aujourd�hui
� apr�s avoir longtemps trait� Jack de dilettante en la mati�re � qu�il avait, d�s cette �poque, les id�es les plus avanc�es dans la Beat Generation consistant � m�ler le bouddhisme � la philosophie occidentale. " �Faut un artiste pour r�ussir cela. "

II

Jack a �conomis� de l�argent en travaillant � la poste, pendant les
f�tes de No�l 1953. C�est � la fin du mois de janvier de l�ann�e
suivante qu�il traverse une nouvelle fois les �tats-Unis en bus, pour
retrouver la famille Cassady, � San Jose.

Fatigu�e de Neal, Carolyn fait de nouveau attention � Jack et la romance
agite la maison. Un vrai m�nage � trois se d�roule devant les voisins
�bahis. Carolyn aime bien ces deux hommes parce qu�ils ne parlent pas
tout le temps de leut boulot. Elle appr�cie particuli�rement le r�le
d��crivain que se conf�re Jack et lui demande sans cesse de lire les
pages de Vision of Neal. Pendant que Neal travaille le jour dans un
parking comme � son habitude, Jack passe ses journ�es � taper � la
machine, en compagnie de Carolyn, et des enfants Cathy et Jamie. Le
soir, les deux hommes enregistrent leur conversation sur un magn�tophone
comme ils le faisaient avant, en fumant la marijuana qu�ils font pousser
devant la porte d�entr�e. Le lendemain, Jack tente de consigner tout �a
par �crit.

Neal semble obs�d� par un spiritualiste du nom d�Edgar Cayce, tr�s en
vogue sur la C�te Ouest. Sa th�orie spiritualiste et th�osophique
affirme l�existence du Moi et son essence, et nie celle de l�ego.
L�ap�tre du Zen, Alan Watts, qui poss�de � San Francisco une profonde
compr�hension des concepts philosophiques orientaux, retourne que si le sentiment de soi-m�me v�cu comme un ego est une hallucination, c�est une conception compl�tement erron�e, faisant chacun d�entre nous un Moi enferm� dans son sac de peau. Pour Kerouac, le spiritualisme est une conception populaire d�riv�e du bouddhisme qui admet la r�incarnation.

� ce moment-l�, son bouddhisme est encore balbutiant et il est incapable de convaincre Neal que c�est la personne d��me, l��tre psychique, qui survit et emm�ne le mental et la vie avec elle dans son voyage. C�est dans son corps subtil qu�elle sort de son logis mat�riel. La r�incarnation n�est pas une circonstance spirituelle dans la s�rie ininterrompue d�un proc�d� mat�riel m�canique obligatoire. Pour Shri Aurobindo, il y a une vie sur d�autres plans apr�s la mort et avant la naissance suivante, une vie qui est la cons�quence du stage pr�c�dent dans l�existence terrestre et qui pr�pare le stage suivant.

Durant un mois, Jack fr�quente les biblioth�ques publiques de San Jose
et d�vore tous les ouvrages traitant du bouddhisme et certains textes
sacr�s : A Buddhist Bible de Dwight Goddard, la Bhagavad-Git�, les
pr�ceptes du Yoga, les hymnes v�diques, les sutras bouddhiques, le
Tao-Te-King de Lao-Tseu, le texte sacr� tib�tain Vie de Jets�n Milarepa.

III

" Pour comprendre ce que je dis, il vous faut lire les Sutras des
Anciens, l�Inde d�Antan ", r�v�le Kerouac dans Mexico City Blues. Quinze si�cle avant l��re chr�tienne, l�Inde �tait riche de cent mille hymnes appel�s vedas, source de la Connaissance sacr�e, transmis oralement. Les Aryens avaient entrevu, d�s l�origine, un ordre de r�alit� sup�rieur que dirigeaient, non pas un seul dieu, mais plusieurs dieux ; ils ont personnifi� les forces de la nature. Les Aryens commenc�rent par v�n�rer ces redoutables divinit�s dont d�pendait leur existence mat�rielle. Ils d�couvrirent bient�t le moyen de se rendre ces dieux propices et chant�rent des hymnes pour c�l�brer leur gloire. Les vedas prirent peu � peu consistance �voquant un domaine o� les hommes �taient r�compens�s ou punis.

Deux textes en prose furent compos�s entre l�an 1000 et l�an 500 avant
J�sus-Christ : les Br�hmanas et les Upanishads. La mystique brahmanique r�v�le l�union avec l�Univers ; Jack prend conscience que, dans son �tre individuel, il porte une parcelle de l��tre infini. Il ne suffit pas de le comprendre, il faut se l�approprier par l�exp�rience. Le divin r�side en nous. Il ne se r�v�le qu�au cours de l�exp�rience religieuse, mais c�est lui encore qui s�exprime dans les faits les plus humbles de la vie quotidienne. Jack d�couvre l�, un art de vivre spirituellement qu�il n�abandonnera jamais.

Lorsque l��me prend conscience de son unit� avec le substrat universel, elle a la connaissance int�rieure du divin. Elle acquiert de lui une autre connaissance qui est, cette fois, ext�rieure et concr�te. D�s lors, Dieu transpara�t en chaque aspect de l�existence quotidienne. Sainte Th�r�se d�Avila s��cria : " Seigneur, n�approchez pas de moi ; je ne saurais l�endurer ! "

Tout sentiment pouss� � l�extr�me conduit � l�Unit� ; l�exp�rience
s�ach�ve par une perte de conscience. Dans l��crit de l��ternit� d�or,
Kerouac prend comme exemple de vie mystique, celle de Sainte Th�r�se de Lisieux. " L�Amour est tout en tout " dit Sainte Th�r�se, choisissant l�Amour comme vocation et r�pandant son bonheur, depuis son jardin pr�s du portail, avec un doux sourire, r�pandant des roses sur la terre, afin que le mendiant dans la foudre re�oive une part de l�offrande sans fin de son vide obscur.

Kerouac pense simplement que le c�ur de Sainte Th�r�se est envahi d�une splendeur divine, et que cette lumi�re fait partie de la Lumi�re infinie qui impr�gne toute chose. Elle a fondu dans Cela sa personnalit� enti�re, ses sens du Je, son corps, son esprit, ses sens, ses �motions.

Le mysticisme hindou part � la conqu�te de la pl�nitude car la pl�nitude est Dieu. Le brahmanisme est bas� sur la transmigration avec la possibilit�, au cours d�une incarnation, d�arriver � fondre son �tman (Moi �ternel) dans l��me universelle (Brahman).

L�attitude asc�tique, n�gative, d�velopp�e par les Upanishads, consiste � analyser toutes les manifestations de l�activit� humaine et � les �liminer les unes apr�s les autres comme impermanentes. S��tre affranchi du monde, cela signifie, avoir abandonn� toute activit�, bonne ou mauvaise. " L�immortel n�a plus ni crainte pour le mal qu�il a commis, ni espoir pour le bien qu�il a fait ; ni l�un ni l�autre ne le dominent ; c�est lui qui les domine l�un et l�autre ; rien de ce qu�il a fait, rien de ce qu�il a omis de faire ne lui importe. "

De l�impossibilit� de distinguer entre le Toi et le Moi, l�Upanishad
tire la conclusion que tout amour du prochain n�est au fond qu�amour de soi.

IV

Gautama �akyamouni na�t dans une famille noble, aux abords de 556 avant J�sus-Christ, dans l��tat de Kapilavastu, au Nord-est de l�Inde. Il r�p�tera souvent qu�il est le vingt-cinqui�me Bouddha. Il abandonne sa vie luxueuse, sa femme et ses enfants pour mener une vie d�asc�te
pendant sept ans. Durant ce temps, il pratique le je�ne, les mortifications et les concentrations spirituelles de rigueur. Une
illumination lui r�v�le la connaissance lib�ratrice (bodhi) sous un
figuier des pagodes pr�s de Uruvel�, au sud de Patna. Il parcourt alors l�Inde comme moine errant (bhikshu) � si cher � Kerouac �, pr�chant sa doctrine. Hermann Hesse a romanc� sa vie sans Siddharta.

" Mais o� vas-tu, � mon ami ?

� En v�rit�, nulle part. Nous autres moines, nous sommes toujours en
route ; tant que dure la belle saison, nous allons d�un endroit � un
autre ; soumis � notre r�gle, nous pr�chons la doctrine, nous recevons
des aum�nes et nous continuons ainsi, toujours. Mais toi, Siddhartha, o� vas-tu ?

Siddhartha r�pondit : " Il en est de m�me pour moi, mon ami. Je vais
toujours... sans aller nulle part. Je suis un p�lerin. ""

Il rejette l�asc�tisme comme la simple jouissance de la vie. Le
renoncement consiste en un d�tachement int�rieur plut�t que dans des
actes. Bien qu�il vive en bhikshu, Bouddha accepte, apr�s son
Illumination, des invitations � des repas ; les autres asc�tes
l�accablent de sarcasmes. Kerouac s�amusera de l�attitude inverse d�un
ami bouddhiste avec qui il viendra d�escalader le mont Matterhorn � le
plus haut sommet de Californie : Pauvre Japhy. Ce fut l� que je vis son talon d�Achile. Ce petit bonhomme courageux qui ne craignait rien et pouvait vagabonder seul dans les montagnes pendant des semaines ou
descendre � pic en courant avait peur de p�n�trer dans un restaurant o� les d�neurs �taient habill�s.

Lors de cette excursion, sur le premier plateau apr�s la vall�e rocheuse duquel on pouvait voir toute la vall�e, Kerouac tombera dans une profonde m�ditation. Les montagnes lui appara�tront comme des Bouddhas amis. Il se laissera gagner par une inqui�tude surnaturelle. Trois, chiffre mystique. Nirmanakaya, Samghogakaya et Dharmakaya.

Bouddha rejette la doctrine brahmanique touchant l��me universelle et
l�identit� de l��me individuelle avec elle. Il nie �galement l�existence d�un �tre supr�me. Il ne reconna�t pas de valeur aux V�das, aux Br�hamanas, aux Upanishads. Il est l�horrible meurtrier de la philosophie.

Kerouac �crira le 11e Chorus de Mexico City Blues dans ce sens :

Je n�ai atteint � rien

Quand j�ai atteint La Plus Haute

La Plus Parfaite

Sagesse

Qui en Sanscrit s�appelle

Anuttara Samyak Sambodhi

J�ai atteint absolument rien,

Rien est descendu sur moi,

rien n��tait r�alisable �

En �cartant toutes les conceptions fausses

de n�importe quoi

J�ai m�me �cart� ma conception

de la plus haute et parfaite sagesse

Et me suis tourn� vers le monde,

un Bouddha � l�int�rieur

Et n�ai rien dit.

L�esprit ne doit s�occuper que de ce qui a une utilit� pratique
imm�diate. Seules les constatations que nous faisons par l�exp�rience de nos sens peuvent �tre consid�r�es comme des faits r�els.

Le monde terrestre ne procure aucune joie v�ritable ; toute vie est
souffrance. Je me souviens r�ellement du sombre pullulement de b�atitude de 1917 quoique je sois n� en 1922 ! Les premiers de l�an succ�daient aux premiers de l�an et tout n��tait que f�licit�(...)Dieu est-il tout ? S�il est tout c�est Lui qui m�a gifl�. Pour des raisons personnelles ? Faut-il que je tra�ne ce corps en pr�tendant qu�il m�appartient ?, s�interrogera Kerouac dans Les Anges vagabonds.

La d�livrance des r�incarnations pour que cesse la souffrance n�est pas d�apr�s Bouddha, un affranchissement du monde sensible comme
l�affirmaient les brahmanes, mais une d�livrance (moksha) que l�on
obtient par le renoncement au vouloir-vivre.

Dans Les Anges vagabonds, Kerouac et Ginsberg tiennent le d�bat entre le sams�ra (naissance et mort)) et le nirv�na (n�ant, immortalit�). Kerouac rappelle qu�il n�y a pas de diff�rence entre le sams�ra et le nirv�na. Une conception dualiste du monde est une erreur due � une fausse discrimination (vikalpa) ; elle consiste � chercher le nirv�na en dehors du sams�ra et r�ciproquement. La r�v�lation d��tre Dieu, que tout est Dieu, cela arrive tous les jours, dans toutes les latrines du sams�ra.

Le nirv�na est l�absolu par excellence, ce qui n�est pas n� ni compos�, ce qui est irr�ductible, transcendant, au-del� de toute exp�rience humaine.

Bouddha prolonge la tradition de l�hindouisme, asc�tique ou mystique, en croyant en une d�livrance dans la vie mais en refusant de la d�finir. " Le Tath�gata ne peut plus �tre d�sign� comme �tant mati�re, sensation, id�es, volitions, connaissance : il est d�livr� de ces d�signations ; il est profond, non mesurable, insondable comme le grand oc�an. On ne peut pas dire : il est, il n�est pas, il est et il n�est pas, ni il est ni il n�est pas. "

Kerouac le reconna�t comme Tath�gata, Celui-Qui-Atteint-Ce-Qu�est-Tout.
Il pr�cise que le Tath�gata n�a pas la moindre id�e mais s�journe par
essence dans l�essence identique de toutes choses, qui est ce qu�elle
est, dans le vide et le silence. "

Les Tath�gatas sont des Bouddhas h�ro�ques, anciens illumin�s qui ont
pr�c�d� Gautama

akyamouni dans son ultime descente sur terre.

Tel Quel

Est Tath�gatha, le nom,

Utilis�,

pour signifier, Essence,

toutes choses sont faites

de la m�me chose

essence

La chose est nature pure,

non pas M�re Nature

La chose est d�exprimer

La substance m�me de vos pens�es

en lisant ceci

est la m�me chose que le vide

de l�espace

� cet instant

et la m�me chose que le silence que vous entendez

� l�int�rieur du vide

qui est l�,

partout

Kerouac avouera s��tre seulement int�ress� � la premi�re des v�rit�s de Sakyamuni o� toute vie est souffrance et � la troisi�me o� il est
possible de parvenir � l�abolition de la souffrance. Mais il n�y croyait pas vraiment. C�est en assimilant les �critures de Lankavatara qu�il y crut ; elles montrent qu�il n�est rien d�autre au monde que l�Esprit. Tout est possible, y compris l�abolition de la souffrance. Le Lankavatara est absolument insuffisant comme moyen d�exprimer et de
communiquer l��tat int�rieur d�Illumination. Il est le produit de la
d�pendance causale, sujet au changement, sans fermet�, mutuellement
conditionn�, et fond� sur une fausse �valuation de la v�ritable nature
de la conscience. Il ne peut nous r�v�ler l�ultime signification
(param-�rtha).

Jack r�unit ses notes de lecture sous le titre Some of the Dharma qu�il consid�re comme un manuel d�initiation � l�intention d�un d�butant � en l�occurrence, Allen Ginsberg avec qui il �change une correspondance sur le bouddhisme depuis un an. Bouddha donna au Dharma le sens de V�rit�, sa fa�on d��tudier le monde et la vie. Le terme est flexible et tr�s g�n�ral et en m�me temps trop profond pour qu�on le comprenne. Seul un Bouddha est capable de comprendre ce qu�il y a dans l�esprit d�un autre Bouddha. Le Dharma arrive � une maturit� toujours plus parfaite, car il est myst�rieusement cr�ateur.

Le texte de la Bhagavad-git� que Kerouac vient de d�couvrir � San Jose
est l�un des plus beaux de la litt�rature religieuse hindoue. Ce po�me a �t� compos� par Krishna apr�s la mort de Bouddha, trois cents ans
environ avant J�sus-Christ. Les �v�nements historiques auxquels il se
rapporte, se seraient d�roul�s, selon la critique moderne, mille ans
avant J�sus-Christ. La Bhagavad-git� justifie l�activit� tout en se
gardant de s��carter de la n�gation du monde. Le monde n�a aucun sens.
Il n�est qu�un jeu que Dieu s�offre � lui-m�me pour sa propre diversion.
" Par son pouvoir magique (m�y�) il fait tournoyer tous les �tres comme des marionnettes sur un th��tre. "

Et tout est foutu sur cette sc�ne. Ah, je souhaite pouvoir me
d�barrasser de ce filet d�erreurs et d�angoisses parmi d�autres qui
attendent dans mon silence que je finisse mon boulot.

" Il ne suffit pas de s�abstenir de l�activit� pour se lib�rer de
l�activit� ; la non-activit� seule ne m�ne pas � la perfection. " La
vraie non-activit� est quelque chose de spirituel. La supr�me
non-activit� est d�accomplir les actes comme si on ne les accomplissait pas. La n�gation du monde ne peut subsister qu�au prix de concession toujours renouvel�es de l�affirmation. L�homme doit se d�faire de la funeste illusion qui consiste � croire que le moi est le v�ritable agent de l�action. Toute action humaine ne se produit que par la volont� de Dieu � Mon Dieu !

V

Au bout de deux mois, Jack et Neal se disputent une nouvelle fois pour
des questions d�argent et Jack va se r�fugier � l�h�tel Cameo, dans
Third Street, un mauvais quartier de Frisco. Il est heureux dans cette
cit� o� il fait bon tra�ner le soir dans North Beach quand San Jose
�tait morte comme une banlieue et qu�il �tait paum� dans son ennui. De
sa fen�tre, il voit errer les anges de la d�solation : les clochards,
les hipsters, les putains et les cars de flics. Dans un fauteuil �
bascule, il �crit un recueil de po�mes � la tonalit� nostalgique et
triste, San Francisco Blues.

Cette jolie ville blanche

De l�autre c�t� du pays

Ne me sera plus

Disponible

J�ai vu le firmament bouger

Ai dit " C�est la fin "

Parce que j��tais fatigu�

de tous ces pr�sages

Et d�s que vous aurez besoin

de moi

Appelez

Je serai � l�autre

bout

Attendant

contre le mur final

Kerouac semble victime d�une fascination qu�exerce contin�ment la
Californie sur la jeunesse du Vieux Monde. D�ici est partie la majorit� des " influx nerveux " et des inventions qui cheminent encore dans tout l�Occident, la derni�re en date �tant la r�volution micro-informatique de Palo Alto. Dans tous les domaines de la vie, la Californie, inlassablement, trouve la force d�effacer une �bauche, de recommencer encore. La dialectique de la reprise est ais�e, �nonce S�ren Kierkegaard dans La Reprise. " Ce qui est repris, a �t�, sinon, il ne pourrait pas �tre repris ; mais, pr�cis�ment, c�est le fait d�avoir �t� qui fait de la reprise une chose nouvelle. "

Rapidement � court d�argent, Jack retourne � New York. Il trouve du
travail aux chemins de fer de Brooklyn. � transborder des wagons sur les quais, une phl�bite se d�clare de nouveau. Il doit se reposer et faire des exercices favorisant la circulation du sang ; le fait de rester immobile � �crire n�arrange pas ses probl�mes. M�m�re ram�ne de nouveau le salaire pour deux tandis que Jack cultive le jardin dans
l�arri�re-cour en s�identifiant une fois de plus � Thoreau. Le week-end, il voit ses amis en supportant de moins en moins l��nergie vitale des parties. Il �crit � ses amis qu�il se sent aspir� par le bouddhisme et, r�cemment, par le tao�sme qui fait l�apologie du non-agir (Wu Wei). Il consid�re que ce mode d�existence est plus beau qu�aucun autre.

VI

Le fondateur de la doctrine du Tao Te King fut Lao Tseu, n� en Chine
vingt ans avant Bouddha. Sa doctrine de la d�livrance �tait orale et il n�accepta de la consigner par �crit, dans des aphorismes occultes qu�au moment de mourir, � des fins de transmission. Kerouac appr�cie
particuli�rement l�accent mis sur l�illusion des ph�nom�nes. Quant aux
nombreux plans de la r�alit�, ils sont issus du Vide. L�Univers est un
jeu de mutations d�j� mod�lis� dans le plus vieux trait� chinois, le
Yi-King, une m�thode divinatoire s�appuyant sur soixante-quatre hexagrammes.

Le Tao est bien myst�rieux ; il ne peut se laisser enfermer dans aucune formation de l�esprit, y compris la sienne. Le Tao est associ� au Vide. L��ternit� d�or de Kerouac, d�finie en mai 1956, lui ressemble beaucoup. Bien qu�elle soit tout, il n�y a pas � proprement parler d��ternit� d�or car tout est rien : il n�y a ni choses ni all�es ni venues : car tout est vide, et ces formes sont le vide, et le vide est l�essence de cette unique forme. La lib�ration tao�ste se r�alise avec l�harmonie universelle qui se produit lorsque l��tre fusionne avec le Tao. Pour marcher dans la bonne voie, il faut suivre le cours de la vie simple, garder son esprit silencieux et retrouver la spontan�it� originelle.

" La chose la plus difficile au monde

se r�duit finalement � des �l�ments faciles

L��uvre la plus grandiose s�accomplit

n�cessairement par de menus actes

Le saint ne fait jamais rien de grand. "

VII

D�o� vient l�image de l��ternit� d�or ? L�image de l�or est utilis�e par certains po�mes didactiques bouddhistes. La traduction de la Vie de Jets�n Milarepa �dit�e par le Dr W.Y. Evans-Wentz du Jesus College
d�Oxford �tait bien connue de Jack. Cette biographie ne put qu��mouvoir profond�ment Kerouac puisqu�elle est d�di�e � ceux qui ne basent pas leur croyance sur des livres et la tradition, mais qui cherchent la connaissance par la R�alisation. En exergue, le livre pr�sente un extrait d�un ouvrage intitul� Le Rosaire d�Or de l�Histoire de Padma Sambhava. Le " dor� "de Kerouac lui vient du soleil sur les paupi�res et l��ternit� de la brusque et imm�diate conscience, en s��veillant, qu�il revient � l�instant de la source de toute chose, de l� o� tout retourne.

En r�alit�, le Soi est appel� " lumi�re ", dans la philosophie
v�dantique, car il brille par lui-m�me. C�est par cette lumi�re que
l�agr�gat du corps et des organes s�assied, va, vient et agit.
L�intellect qui par nature est translucide et qui se trouve � proximit� du Soi, capte ais�ment le reflet de l�intelligence du Soi. C�est avec lui que les sages en arrivent tout d�abord � s�identifier. Quand Jack revient de cette vision, il regrette d��tre pourvu d�un corps et d�une �me, car il vient de comprendre qu�il n�a ni corps ni �me. Son livre est le t�moignage de cette exp�rience visionnaire o� cela resplendit et, du m�me coup, l�univers tout entier resplendit. Mais c�est parce qu�il est �clair� par Sa lumi�re que L��crit de l��ternit� d�or brille.

Ce n�est pas un texte pa�en mais sacr�, pr�cise-t-il. C�est une des
rares fois o� Kerouac " travaille " volontairement son �criture. Il
trouve ici son aspiration la plus profonde, en tant qu�artiste et en
tant qu��tre humain, dont l�ann�e 1956 verra la r�alisation.

VIII

Durant l��t� 1954, Jack retourne en bus � Lowell, � la recherche des
quatre premi�res ann�es de son enfance o� il v�cut avec son fr�re
G�rard, � Beaulieu Street. Il descend dans un h�tel borgne pr�s de la
gare des autobus. Il se rend � l��glise Saint-Louis-de-France o� il a
fait sa premi�re communion et a la r�v�lation du vrai sens du mot beat, b�atitude � l�impression qu�il �prouvait avant de na�tre, la totalit� retrouv�e. On est bien loin du rythme insens�, de la fr�n�sie urbaine qu�il attribuait � ce mot en 1952. John Clellon Holmes a d�j� employ� lors de la sortie de Go le mot extase, qui semble plus juste pour d�finir l�exp�rience mystique que le mot b�atitude, qui pour Andr� Gide, en 1941, d�nu� de r�f�rence religieuse, �tait synonyme de niaiserie. Si le terme de Kerouac fait r�f�rence au bouddhisme � ce qui est probable � c�est en m�ditant sur la Sagesse et la B�atitude �ternelles qu�il trouvera la b�atitude. La B�atitude est �ternelle, mais elle est masqu�e et obscurcie par l�ignorance.

La piti� de Bouddha est un raisonnement � une repr�sentation de la
douleur des �tres � et non une piti� de sentiment. Et contrairement �
Kerouac, il ne se pr�occupe pas des animaux. Or, Kerouac y est tr�s
attach� : au chien Bob de sa s�ur, � ses chats Timmy et Tyke, mais
�galement plus tard, au coq, au pigeon et au chat qui cohabiteront chez son amie l�Indienne Esperanza � Mexico, � tous les petits animaux qui sont l�, le connaissent et l'aiment, et qu�il aime sans les conna�tre. � Bixby Canyon, dans la cabane de Lawrence Ferlinghetti, il causera accidentellement la mort d�une souris et en tirera une grande
culpabilit�. Il veut �tre bon pour tous les �tres vivants, m�me les
insectes. En ce sens, il est �galement proche de Fran�ois d�Assise que
de Bouddha.

Plut�t que b�atitude, Aldous Huxley utilise le mot gr�ce, en 1952, pour d�finir l��tat de transcendance atteint dans les formes diverses de l�exp�rience religieuse sans qu�il y ait usage de drogue. Le mot extase s�est peu � peu li� aux drogues employ�es � des fins de r�v�lation. D�s 1874, Benjamin Blood avait forg� l�expression " r�v�lation anesth�sique " et William James avait donn� l�exemple de telles r�v�lations suivant l�inhalation de gaz hilarants. Dans les samhit�s � le livre le plus ancien du monde � on parle d�une plante tr�s populaire, appel�e soma. Cette plante a disparu et nous n�en connaissons rien d�autre que ce qu�en dit le livre. On l��crasait pour en tirer une sorte de suc laiteux, qu�on faisait fermenter. Ce jus de soma, une fois ferment�, �tait alcoolique. On en offrait � Indra � divinit� v�dique � et aux autres dieux et on en buvait �galement parfois jusqu�� l�ivresse. Parfois, Indra, elle-m�me, ayant trop bu, d�raisonnait.

Huxley admet que m�me certains alcooliques peuvent conna�tre des
th�ophanies semblables. Par moment, au cours de l�intoxication par une
drogue, " la conscience d�un non-moi sup�rieur � l�ego en train de se
d�sint�grer devient bri�vement possible. Mais ces �clairs de r�v�lation exceptionnelle sont pay�s d�un prix �norme. Pour celui qui prend de la drogue, le moment de conscience spirituelle (si tant est qu�il advienne) c�de tr�s vite la place � un �tat de stupeur, de folie ou d�hallucination infra-humain, suivi de r�miniscences lugubres, et, � longue �ch�ance, d�un d�labrement permanent et fatal de la sant�
physique et de la puissance mentale. "

Dans les ann�es cinquante, Kerouac recherche la lib�ration � travers la pratique du mysticisme et non en consommant des drogues. Sa
transcendance spirituelle est donc ascendante. C�est � cette
Transcendance que nous donnons le nom de Dieu. Mais lorsqu�elle est
atteinte, il est logique de penser que cessent le cosmos et l�individu. Shri Aurobindo nous sort de cette impasse. La vision int�grale de l�unit� de Brahman (l��me universelle) �vite ces cons�quences. Le Transcendant par del� le monde embrasse l�univers, est un avec lui sans l�exclure. Et l�univers embrasse l�individu, est un avec lui et ne l�exclut pas. L�individu est un centre de la conscience dans son int�grit�.

Le ciel de Lowell est � pr�sent d�un bleu vide sans nuage, au-dessus des arbres couverts de feuilles abritant des insectes faiseurs de cire, butinant dans l�air endormi de midi.

� quoi riment les hurlements, les b�timents, l�humanit�, l�inqui�tude ? Peut-�tre n�y a-t-il rien du tout.

IX

De retour � Richmond Hill, il reprend ses �tudes de bouddhisme et
s�efforce de pratiquer assid�ment des exercices de m�ditations (dhy�na), malgr� ses jambes qui ne supportent pas longtemps la position du lotus. Son manuscrit Some of the Dharma s�enrichit consid�rablement de r�flexions personnelles et de traduction de nouveaux sutras � formules concises contenant une doctrine g�n�rale dans laquelle la v�rit� tient tout enti�re.

Certaines activit�s de la vie ne sont pas favorables � Jack. M�m�re est contrari�e de le voir s�adonner � une religion �trang�re au catholicisme de la famille. Pour elle, il n�y a qu�une " vraie religion ", ce qu�elle ne manquera pas de lui rappeler dans ses lettres. Son ex-femme, Joan Haverty, le fait compara�tre en janvier 1955 dans un proc�s en reconnaissance de paternit� pour une fille n�e en 1952, Jan Michelle Haverty. Jack nie cette responsabilit�. D�fendu par le fr�re d�Allen Ginsberg, Jack pr�sente au juge un certificat m�dical d�invalidit� � sa phl�bite le rend inapte � tout travail � et l�affaire est mise en attente �ternellement. Plus tard, Jack montrera parfois la photo de Jan Michelle � ses amis tant elle lui ressemble. Mais l�id�e d�avoir une fille l�effraye et il se r�fugie derri�re des lieux communs apocalyptiques pour se justifier comme Nous sommes tous condamn�s � mort. En r�alit�, il est bien incapable d�assumer un r�le de p�re.

X

En mars 1955, Jack vient vivre � Big Eastonburg o� se trouve d�j� M�m�re depuis le d�but de l�ann�e. Le jour, il travaille � l�entretien du jardin et de la maison en surveillant son neveu, le petit Lou. Quand il peut, le soir, �chapper � l�attention de sa famille, il suit les sillons des champs de coton, accompagn� du vieux chien Bob, et parvient � la corne du bois, entour� de chiens errants. Une nuit, il tombe dans une transe atone qui lui r�v�le qu�il peut cesser de penser.

Pratiquer le dhy�na est s�asseoir seul dans un endroit calme et se
consacrer � la m�ditation. Kerouac �crit dans Les Clochards c�lestes "
qu� au cours de ces nuits de printemps, la pratique du dhy�na sous la
lune nuageuse me fit voir la v�rit� : Voil� ce que je cherchais ; le
monde, tel qu�il est, c�est le ciel ; je cherche le ciel hors du monde
d�risoire qui est le ciel. Ah ! si je pouvais comprendre, si je pouvais m�oublier moi-m�me et appliquer mes m�ditations � la lib�ration, � l��veil et � la sanctification de toutes les cr�atures vivantes, partout, je comprendrais que tout ce qui existe est extase. "

Sa famille continue de lui reprocher sa conversion au bouddhisme et lui, candidement, tente de leur expliquer que les choses sont vides, qu�il n�y a que des apparences pures et simples, des fant�mes. Les chaises sont vides. M�me le Dharma est vide. La compassion d�Ananda � qui servit Bouddha pendant vingt-cinq ans et r�alisa la v�rit� du bouddhisme lorsqu�il fut exclu d�une r�union importante � est vide. Mais Jack embrasse une id�e �tonnante : les choses sont vides mais vivantes dans le temps, dans l�espace et dans l�esprit.

Son beau-fr�re, lui reproche de promener Bob sans le tenir en laisse.
Jack est outr�. " Aurait-il envie de vivre toute son existence attach� � une laisse ? " Paul r�pond affirmativement, ce qui �c�ure Jack.
Heureusement, la nuit il conna�t l�exp�rience de visites transcendantes (samapatti) qui lui donnent confiance en cette religion rejet�e par l�Am�rique et l�aident � supporter sa travers�e du d�sert. Dix mille Bouddhas se cachent partout, m�me ici.

XI

Il s�attelle cette fois � la traduction en am�ricain d�une version
fran�aise d�un recueil de sutras tib�tains �crit par Mahayana Samgraha
d�Asanga, au premier si�cle, qu�il intitule Buddha Tells us et � une
biographie de Bouddha, Wake up. Durant l��t�, se sentant ind�sirable, il part � Richmond Hill et rencontre plusieurs �diteurs pour leur faire lire le manuscrit, mais tous le refusent. Ses autres manuscrits de Sur la Route, Docteur Sax et Les Souterrains sont �galement accueillis par des refus malgr� les efforts de Malcolm Cowley, Robert Giroux et Sterling Lord pour les pr�senter dans les maisons d��dition o� ils travaillent.

D�prim�, d�sargent�, Jack tombe dans une br�ve p�riode de clochardisation ; il boit �norm�ment dans le Village et dort par terre
chez les uns chez les autres. Il finit par rentrer en stop � Big
Eastonburg d�o� il ne songe qu�� partir s�installer dans un coin tranquille.

En juillet, Jack re�oit un courrier de Malcolm Cowley qui a r�ussi �
convaincre Keith Jennison, un directeur de collection aux �ditions
Vicking Press, de signer un contrat pour la publication de Sur la Route � appel� � l��poque par Kerouac, Beat Generation � � condition
d�effectuer des remaniements. Peu de temps apr�s, il vend une nouvelle � The Paris Review et il re�oit simultan�ment une bourse de deux cents
dollars de l�Acad�mie des Arts et des Lettres.

� pr�sent, il lui est possible de retourner � Mexico parce qu� il n�y a qu�au Mexique, avec sa gentillesse et son innocence, que la naissance et la mort paraissent quand m�me valoir le coup...

XII

Jack se rend chez Bill Burroughs, au 212 rue d�Orizaba. Bill se trouve � Tanger en train d��crire Le Festin nu et c�est son vieil ami William
Gaines qui occupe l�appartement situ� au rez-de-chauss�e. Jack tra�nait avec eux � Times Square en 1944. Pendant la guerre, Burroughs s��tait associ� avec Bill Gaines � beaucoup plus �g� que lui � pour acheter de l�h�ro�ne dans le Lower East Side et la fourguer dans le Village. Il d�crit Bill dans Junkie comme ayant " un sourire d�enfant malicieux qui contrastait de mani�re frappante avec ses yeux bleu p�le, �teints et las. "

� pr�sent, Bill Gaines a soixante ans. Il touche une rente de cent
cinquante dollars que son p�re lui a faite avant de mourir. Jack trouve qu�il a chang�. Il est devenu une �pave, le dos vo�t�, efflanqu�. Son besoin de morphine, insatiable et toujours insatisfait, lui a fait abandonner tout autre int�r�t si ce n�est rester plong� dans Outline of History de H.G. Wells. Pour l� heure, il prend de l�opium. Jack l�aide comme il peut, se rendant dans des quartiers dangereux pour lui acheter sa drogue ou en montant son seau hygi�nique tous les jours pour le vider dans l�unique water qui se trouve l��tage au-dessus, sous le regard amus� des femmes. Il se rem�more cette parole de Bouddha : " Je me rappelle avoir utilis� chacune de mes cinq cents vies ant�rieures � pratiquer l�humilit� et je consid�rais humblement mon existence comme une sorte d��tre saint appel� � souffrir avec patience. "

Jack est un chucharro, un fumeur de marijuana pour les jeunes Mexicains qui l�interpellent ainsi quand il sort, pour le saluer. Il a lou� une buanderie sur le toit munie d�une terrasse. Le jour, il descend �couter les lents monologues du vieux Bill en �crivant des po�mes rythm�s comme le bop, les phrases jaillissent comme de libres improvisations de trompette ou de sax. Dizzy Gillespie et Charlie Parker sont les grands ma�tres des sons d�brid�s de l�Esprit que le po�te beat s�efforce de transcrire en langage parl�. Je veux �tre consid�r� comme un po�te de jazz soufflant un long blues au cours d�une jam-session un dimanche apr�s-midi, proclame-t-il. Charlie Parker vient de mourir en ao�t. Il lui d�die ses chorus 239 � 241 de Mexico City Blues.

D�une bande sauvage � une jamsession

"Wail, Wop" � Charley fit �clater

Ses poumons pour atteindre la vitesse

De ce que les mordus de la vitesse voulaient

Et ce qu�ils voulaient

C��tait son Ralentissement �ternel.

Sa po�sie est d�abord une r�action contre la po�sie " ferm�e " des
universitaires. John Ciardi est le meilleur repr�sentant d�un art
manifactur�. Il trouvera d�testable Howl de Ginsberg dont la puissance
ne r�side pas dans le remaniement �ternel de la langue mais dans l��lan h�bra�que et le souffle visionnaire.

Comme Ginsberg, Kerouac est l�h�ritier de William Carlos Williams qui
d�clare que le mot juste est tr�s bien mais qu�il doit d�abord �tre
libre. Avec Paterson, publi� entre 1946 et 1958, se d�coupant en cinq
chants sublimes, William Carlos William pense avec son po�me. Organiquement, un po�me est une affaire de nerfs et non une affaire de
c�ur. C�est ce qui de la rue se fait po�me dans l��il. Kerouac
s�int�ressera ainsi au travail de son ami, le photographe-cin�aste
Robert Franck dont il pr�facera le livre de photographie The Americans, paru en 1958, en lui envoyant ce message : Tu as des yeux. Et William Carlos Williams indique dans la pr�face de Howl que les po�tes voient avec des yeux d�ange.

Synchronicit� du Tao de la po�sie, au moment o� Kerouac r�dige � la main Mexico City Blues, Ginsberg �crit Howl � San Francisco. Il existe un lien entre ces deux �v�nements qui tient � leur bouleversement parall�le de la po�sie am�ricaine.

Lorsque le vieux Bill veut de la morphine, Jack passe par une jeune
Mexicaine du quartier indien, � cinq kilom�tres de l�, vers Santa Maria de Redondas, du nom de Esperanza Villanueva. Au mois d�ao�t, d�vor� par les poux, il ne peut pas dormir. � la lueur d�une bougie, il commence une nouvelle sur Esperanza qu�il intitule Tristessa et qu�il terminera comme un roman, pendant l�automne 1956.

XIII

L��trange beaut� d�Esperanza �claire le jour d'une lumi�re noire. Son
exp�rience de l'emprisonnement dans la drogue lui fait rechercher
l'impossible � vivre dans la destruction. La condition du junkie est
d'�tre un ultime d�fi et d�ni � l'existence.

Tristessa est une jeune Indienne de vingt-huit ans avec un visage sur
lequel on lit si bien la douleur et la beaut� qui ont s�rement �t�
utilis�es dans la fabrication de ce monde fatal. Jack est fascin�. Son
parcours devient une d�rive folle dans les rues mexicaines. Il se
compare � un homme des cavernes enterr� profond�ment sous la terre. Il
vit gr�ce � cette liaison la condition du sous-terrien. La nuit de
l'enfer relat�e dans le roman Tristessa est le r�sultat de sa rencontre avec l��tranger. Le Mexique et sa culture sont l'antith�se de l'American Way of Life, l'homme blanc perd sa suffisance, sa consistance, sa r�alit�. Tristessa est une femme indienne. Kerouac conna�t cette sensation de l'imperm�abilit� f�minine. En tant qu�Indienne, Tristessa cesse d'�tre naturelle � Caroline Cassady qui a �crit des m�moires � l�eau de rose sur sa vie avec Jack et Neal ferait bien de se demander pourquoi Jack n�en a m�me pas fait un personnage de second r�le dans ses romans. Une Am�ricaine blanche ne l�int�resse pas. Par tradition romantique, elle est abominable. Les femmes de ses romans sont toutes de couleur. Et Tristessa est une junkie insensible au monde, comme un asc�te. " Quand tu as de la morphine, tu n'as besoin de rien d'autre, mon gar�on ", avoue Bill Gaines.

Tristessa est ainsi totalement inaccessible, elle incarne l'absolue
puret� de l'absence. C'est la " puret� d�lirante " dont parle Georges
Bataille. Le narrateur lui-m�me, fascin� perd sa volont� ; il s'en rend compte et boit du matin au soir pour ne pas souffrir. Cela le rend de plus en plus �tranger au monde de Bill Gaines et de Tristessa, car l'alcool et la drogue s'excluent. Et Kerouac consomme du bourbon pour endosser l�identit� des �crivains am�ricains qui jet�rent les bases du roman contemporain : Fitzgerald, Hemingway, Dos Passos et Faulkner.

Le monde souterrain voit tendre la culpabilit� de ses habitants vers
z�ro ; la volont� de Kerouac s'an�antit dans la fascination qu'il
�prouve pour les anges de l'enfer. Cette fascination est aussi la
facult� de s'�tonner, de voir l'autre sous un �clairage nocturne l� o�
l'�clairage diurne ne r�v�le qu'un aspect de l'existence r�p�titif et
morbide. Drogu�e, Tristessa fait le mal � � elle-m�me et au narrateur
dont la mission est de la prot�ger de la mort. Elle procure la volupt�
unique et supr�me de l'amour baudelairien qui g�t dans la certitude de
faire le mal.

Tristessa offre le spectacle de l'irruption de la mort. Le narrateur
assiste horrifi� et fascin� � une volont� qui refuse la com�die de la
vie dont il se plaignait tant � de la vie qui dure. C'est le d�fi,
l'absence d'issue, la vie elle-m�me dans ce qu'elle a de plus cruel et
de plus vrai. C'est au fond tout ce qu'est all� chercher Kerouac �
travers l'Am�rique des ann�es cinquante et qu'il n'a pas trouv�. Car
ici, il se trouve au Mexique, dans le cauchemar �ternel immortalis� par le roman de Malcolm Lowry, Au-dessous du Volcan.

Le Mexique, poubelle yankee, l�envers du r�ve am�ricain, est le dernier endroit o� l'on s'attendrait � obtenir la r�v�lation. Tu ne comprends pas que tu es Dieu ? �crit Kerouac � l'intention de son lecteur.

Nulle part ailleurs qu'au Mexique cette pr�sence de la mort n'est aussi �vidente, nul autre Ange que Tristessa l'Indienne � r�incarnation de G�rard, le Saint qui a tant souffert avant de s'�teindre � ne peut en transporter le message � travers les �ternit�s imaginaires. Vivre mais mourir.

" Arr�te Tristessa! " Mais elle continue, ses yeux blancs se r�vulsent, son corps maigre tremble dans son manteau, ses jambes se recroquevillent
� Je tends la main vers elle en riant :

" Allons, �a suffit " � elle frissonne de plus en plus, elle a des
convulsions, et soudain (au moment o� je me disais : " Comment peut-elle m'aimer si elle se moque de moi avec un tel s�rieux ? "), elle tombe, c'est trop bien imit�, j'essaie de la saisir, elle se penche vers le sol et reste l� une minute (...) et voil� �pouvante, que Tristessa se cogne le cr�ne et tombe de tout son long sur la pierre et s'�vanouit.

" Oh non, Tristessa! " Je la saisis sous mon bras en pleurant et la
retourne et l'assois contre ma hanche en me calant contre le mur � Elle respire lourdement et soudain je vois que son manteau est couvert de sang�

Je pense : " Elle va mourir, elle vient de d�cider de mourir... Quelle
matin�e de folie, quelle minute de folie..."

Le Mexique est la terre des catastrophes, des secousses sismiques et
Tristessa en le principe le plus absolu, la nouvelle Vierge Folle. Elle est l� pour mourir et �pouvanter le narrateur, pourrir et d�chirer le monde. Le narrateur lutte contre cette force terrible de destruction.
"Je comprends que je suis ici pour l'emp�cher de mourir. " C'est de cette lutte, de ce redoublement du malheur que na�t le ravissement, une nouvelle forme de gr�ce.

Les convulsions de Tristessa font frissonner l'�tre � c'est l'amour, la volupt� ind�fendable, le sentiment de l'existence immens�ment augment� La relation qu'entretiennent le narrateur et la jeune Indienne rec�le de la cruaut�. Tristessa reproche � l'Am�ricain de l'avoir emp�ch�e de mourir " C'est donc cela � ces rues incroyablement sales pleines de cadavres de chiens, ce matin pisseux � que tu me donnes � la place de la mort ? " L'acte d'amour consisterait � aimer quelqu'un et � vouloir qu'il meure dans nos bras.

Ce n'est pas la mort physique qui est � craindre mais le risque de
devenir, par d�faut de conscience, un de ces cadavres vivants qui, comme le savait Alexandre Dumas, ont sur les morts l'inf�riorit� de l'�me. La rencontre avec Tristessa � opposition intime entre la vie et la mort qui n'est autre que l'amour � vaccine l'�crivain et lui permet de se maintenir en vie et non � l'�tat de cadavre spirituel. C'est la langue et l'�criture qui � en tant qu'op�rations magiques, sorcellerie
�vocatoire � le rendent malin , et du m�me coup, restent le dernier
recours de tous les hommes perdus dans la nuit du monde. Comme les yeux de Tristessa fixent la terre triste et noire des rues de Mexico,
l'�criture projette une lumi�re aveugle sur le monde.

Nous ne pouvons faire autrement qu'�tre purs, constate Kerouac dans
l��crit de l��ternit� d�or.

XIV

Quand Jack d�barque dans le chalet d�Allen Ginsberg, donnant sur une
cour int�rieure de Maillerai Street � Berkeley, il se rend compte que la po�sie se porte bien � San Francisco. La presse parle de " Renaissance po�tique ". De nombreux po�tes se sont r�volt�s contre la po�sie " ferm�e ". Allen est venu trouver Kenneth Rexroth avec une lettre d�introduction de William Carlos Williams. Kenneth Rexroth a une grande notori�t� et il �uvre pour la po�sie en organisant un cercle litt�raire hebdomadaire, chez lui. Allen a rencontr� Robert Duncan et son disciple Michael McClure, Philip Lamantia et Philip Whalen. Le chalet est suffisamment grand pour que Jack puisse y habiter avec lui.

Sur les conseils de Kenneth Rexroth, il rend visite � Gary Snyder et lui fait une forte impression. Gary Snyder est tomb� par hasard sur le texte Jazz of Beat Generation � un extrait de Sur la Route � consacr� au jazz, publi� dans New World Writing. Il aime son �criture, l��nergie qu�elle irradie et les portraits. Allen et lui sont d�accord pour organiser une soir�e de lecture � la Galerie Six de San Francisco. Allen s�occupe de r�unir cinq po�tes autour de Kenneth Rexroth et d�organiser s�rieusement la soir�e.

La lecture est un v�ritable �v�nement po�tique dont le temps fort est la lecture de Howl par Ginsberg. Dans la salle sont pr�sents Lawrence
Ferlinghetti � l�a�n� du groupe et le plus conscient des r�alit�s
sociales � Neal Cassady avec une nouvelle conqu�te et le jeune Gregory
Corso de vingt-trois ans occup� � �crire ses premiers po�mes publi�s en 1955 sous le titre Gazoline.

Ferlinghetti ouvre en juin 1953, � San Francisco, la librairie beat City Light Bookstore, situ�e sur Columbus Avenue, entre North Beach et le quartier chinois. La place est remarquable par sa convivialit�. Il fonde en 1955 une maison d��dition destin�e aux jeunes po�tes comme Corso n�arrivant pas � publier, avec une collection de poche tr�s populaire � les " Pocket Poets " � et publie lui-m�me son premier roman, La Quatri�me Personne du singulier, � Paris, en 1958.

Ce soir-l�, le vin coule � flot et Kerouac n�est pas de reste. Il se
conduit comme un fan de jazz plut�t que comme un auditeur de po�sie.
Ferlinghetti t�moigne qu�il s��clipse r�guli�rement et que les gens
pensent qu�il est ivre mort. Mais non, la description qu�il nous livre
de la soir�e dans Les Clochards c�lestes prouve qu�il enregistrait tout. De plus, Jack a remarqu� une nouvelle figure qui va devenir le substitut de Neal.

XV

Japhy, dans Les Clochards c�lestes, n�est autre que l�orientaliste et
po�te Gary Snyder, un ami d�Alan Watts. Il habite � quinze cents m�tres de chez Allen, � Hillegass, dans une toute petite maison. Gary Snyder a fait de solides �tudes de Chinois et de Japonais � Berkeley sous la direction de Shih-hsiang Tchen. Il a pass� une ann�e, � Kyoto, �tudiant le Zen Rinza� cr�� par le grand ma�tre Bankei au XVIIIe si�cle.

Il se prend d�amiti� pour ces originaux du Zen � Ginsberg, Kerouac � qui ont la f�cheuse tendance � confondre le " tout se vaut " de l�existence et le " tout se vaut " de l�art. Mais Alan Watts se m�fie de l�engouement de Kerouac pour le Zen et d�noncera son laxisme dans Beat Zen, Square Zen et Zen. Gary Snyder pratique le Zen pour obtenir la lib�ration spirituelle qui �quivaut � celle que recherchait Kerouac dans le bouddhisme du Premier V�hicule � la Compassion.

�rudit et s�rieux � il traduit le grand po�me de Han Shan, La Montagne
froide �, Gary Snyder adh�re au pr�cepte zen qui dit : " Le doigt qui
montre la lune n�est pas la lune. " Derri�re cette �vidence se cache
pourtant une confusion que tout le monde commet.

Kerouac compte sur Gary Snyder pour lui en apprendre davantage sur le
Zen. Gary lui explique que le bouddhisme zen s�introduisit au Japon au
cours du XIIe si�cle par Eisai et D�gen, en r�action contre divers
courants bouddhistes venus de Cor�e, install�s dans les �les depuis le
VIe si�cle, et qui avaient d�g�n�r�. Le Zen s�installa d�abord chez les samoura� qui appr�ci�rent ses vertus : le non-moi, la non-pens�e et le d�veloppement de l�intuition. Les guerriers d�velopp�rent les arts martiaux (sabre, tir � l�arc) selon l��tat d�esprit du Zen, ce qui donna des techniques originales .

Zen est une forme abr�g�e de Zenna, traduction du sanscrit dhy�na �
m�ditation profonde. Issue de l��cole chinoise de Wei-shi, l�ob�dience
zen du Sud que les occidentaux ont import� est accommodante avec la vie. Kerouac va s�y int�resser parce qu�il procure un certain d�tachement pouvant mener � la paix int�rieure, � l�harmonie. " Quand j�ai d�couvert le bouddhisme, j�ai tout � coup compris que j�avais d�j� v�cu ant�rieurement, il y a tr�s longtemps, et que j�avais �t� condamn� � mener une vie inf�rieure en expiation des fautes et p�ch�s que j�avais commis au cours de ma premi�re existence. Mon karma a �t� de rena�tre en Am�rique o� personne ne sait s�amuser et o� personne n�a le sens de libert�, ni de rien, confesse-t-il dans Les Clochards c�lestes. "

La concentration zen recherche le d�veloppement de l��nergie pour elle
m�me. Celui qui m�dite se laisse conduire par l�intuition. Il cherche � purifier son �me des troubles qu�apportent les habituelles
pr�occupations humaines.

L�exaltation de l�action pure est finement alli�e � la sensibilit�. Le
Zen s�applique naturellement � de nombreux arts dont la danse (mai), le th��tre n�, l�arrangement des fleurs, la peinture sumi, la calligraphie, la forme po�tique du ha�ku et la c�r�monie du th�. Cette derni�re est �voqu�e dans Les Clochards c�lestes.

Japhy m�offrit une tasse de th� chaud

" Tu n�as jamais lu le Livre du Th� ? demanda-t-il.

� Non ; qu�est-ce que c�est ?

� C�est un ouvrage �rudit sur la fa�on de pr�parer le th�. On y trouve
le r�sultat de deux mille ans d�exp�rience en la mati�re. Certaines
descriptions des effets produits par la premi�re gorg�e de th�, puis la seconde et la troisi�me sont vraiment fascinantes et bouleversantes. "

Il existe une philosophie du th�, et la secte Zen a formul� un rituel du th� consign� dans le Livre du th�. C�est devant une statue du Bodhi
Dharma que les moines r�coltaient le th� et le buvaient dans un bol unique avec tout le formalisme recueilli d�un sacrement ; et c�est de ce rituel zen qu�est n�e et que s�est d�velopp�e la c�r�monie du th� au Japon, au quinzi�me si�cle. En Chine, l�offre du th� � un h�te n�est pas une convention banale, mais une c�r�monie dont l�origine est religieuse. Elle daterait de Lao Tseu qui re�ut d�un de ses disciples, au portail du d�fil� de Han, une coupe de th�.

Gary Snyder conseille � Kerouac de poursuivre dans sa voie pragmatique �
l�exp�rimentation. Car le Zen ne peut �tre atteint par l�intellect. Il
doit �tre directement et personnellement exp�riment� par chacun d�entre nous au plus profond de son esprit. Personnellement veut dire aborder le fait tout seul, sans interm�diaire. � la question "Qu�est-ce que le Zen?" un ma�tre fit cette r�ponse : " C�est faire bouillir de l�huile sur un grand feu flambant. " relate D.T. Suzuki dont Kerouac peut voir les deux tomes de Essais sur le bouddhisme Zen dans la biblioth�que de son nouvel ami. Pour Suzuki, le Zen a ces quatre principes qui lui sont propres :

" Une transmission sp�ciale en dehors des �critures,

" Aucune d�pendance � l��gard des mots et des lettres,

" Se diriger directement vers l��me de l�homme,

" Contempler sa propre nature et r�aliser l��tat d�un Bouddha. "

Snyder diss�que �galement le bouddhisme chinois auquel est attach�
Kerouac. La religion bouddhiste est apport�e en Chine, � la fin du Ier
si�cle, par un moine indien venu du Dekkan, Bodhidharma, qui fonde la
v�ritable �cole mystique du bouddhisme chinois, le Tch�an. Gr�ce au
tao�sme, la pens�e chinoise est pr�par�e � la n�gation du monde telle
que l�enseigne le bouddhisme. La religion sera formalis�e par un
Chinois, Hiuan Tsang. Apr�s un s�jour en Inde, il fonde en 610 l��cole
de Wei-shi. Cette doctrine donne du corps au Verbe et tente d�offrir une image de l�absolu par-del� m�me sa r�v�lation. " De niveau et d�aplomb ton esprit ne demeure nulle part ", d�clare Houe�-n�ng le Chinois. "Nous sommes tous au Ciel maintenant", pense Kerouac. Une Ferme C�leste.

Les deux amis �voquent la notion de v�hicule. Le bouddhisme m�h�yana qui les int�resse est le " Grand V�hicule ". Le v�hicule est la barque qui permet de passer le fleuve des r�incarnations, de briser la cha�ne
enti�re des agr�gats de la souffrance et d�arriver � la rive du nirv�na � l�illumination, extinction, l�immortalit�. Le nirv�na est l�absence de toute sensation ; pour Bouddha, il est impossible ni n�cessaire de le conna�tre plus pr�cis�ment.

Apr�s Bouddha, le m�h�yana a remis en honneur le culte des dieux ; il
devint en Inde une religion populaire. Le Bouddha, apr�s sa mort, devint � son tour un h�ros ; on vit m�me en lui une divinit� ; on le consid�ra comme une Incarnation ; les rites et les formes ext�rieures de la religion reprirent par ce d�tour toute leur puissance. Les superstitions se manifest�rent avec une �nergie accrue. Le m�h�yana ne consid�rait plus comme but supr�me la d�livrance du cycle des r�incarnations.

Le m�h�yana introduisit l�id�e de compassion. Il convenait alors de se
r�incarner dans le monde pour contribuer au salut du monde. Le saint est assign� du rang de " Bodhisattva ". � quelqu�un qui lui demande o� il a p�ch� Kerouac, Gary Snyder r�pond qu�il rencontre toujours ses
Bodhisattvas dans la rue.

" Ah, Am�rique, si grande, si triste, si noire, tu es comme les feuilles d�un �t� sec qui sont d�j� ratatin�es avant la fin d�ao�t, tu es sans espoir, tous ceux qui te regardent ne voient rien d�autre que ce d�sespoir aride et morne, la certitude d�une mort mena�ante, la
souffrance de la vie pr�sente, ce ne sont pas les lampes de No�l qui te sauveront, ni toi ni personne, on peut mettre des lampes de No�l sur un buisson mort en ao�t, la nuit et la faire ressembler � quelque chose, quel est donc ce No�l que tu professes, dans ce vide ?... dans ce nuage n�buleux ? interroge Kerouac dans les M�les de la nuit vagabonde. "

Selon Bouddha, le moi psychique ne pr�sente pas d�unit� permanente. Les �v�nements et les actes qui forment l�existence sont une succession de faits cr��s par la volont� de vivre sans cesse en renouvellement. Dans le 6e Chorus de Mexico City Blues, Kerouac appelle le Clair de Lune Secret de Bouddha, l�Ancienne Vertu de se reposer et de penser des pens�es heureuses et confortables. Il reprend la th�orie de la non-substantialit� du moi expos�e par Bouddha.

Le moi d�pend de l�existence d�un autre

moi, et donc aucun Moi Universel Solo

n�existe � pas de moi, pas d�autre moi,

pas d�innombrables mois, pas

de moi Universel et pas d�id�es

relatives � l�existence ou la non-

existence de cela �

" Plut�t mort que c�l�bre !" s�exclame-t-il. La mort est la fin d�une
illusion. Cependant la mort n�est pas que le fin d�une souffrance ne
laissant rien derri�re elle � ce qui serait une philosophie nihiliste.
Bouddha fut fascin� par la mort aussi mentionna-t-il une fois
l�existence d�un corps astral. Dans le 25e Chorus, Kerouac �voque la
mort en pensant � ce Ma�tre qu�il appelle le Destructeur et
l�Exterminateur de la Mort, l�Exterminateur de l��tre et du Non-�tre.

Ne pense pas � la mort

Une fois que tu y es

Parce qu�elle est sans traces

N�ayant pas de trace � suivre

Tu te reposes l� o� tu es

� l�int�rieur de l�essence

Mais d�s que je dis essence

Je reprends ce mot

Et cette remarque � l�essence est

Muette, tu ne peux souffler mot,

essence est le mot pour le doigt

qui nous montre un vide clair

L�admiration de Kerouac pour Gary Snyder le conduit � devenir un
pros�lyte du Zen attir� par son acc�s direct au satori, son
anti-intellectualisme et l�absence de r�gles pr�cises. Mais � la
diff�rence de Gary Snyder, il ne pratiquera pas r�guli�rement la
m�ditation. Tous deux ont en commun " la pauvret� joyeuse et volontaire du Bouddhisme " qui devient une force positive. Snyder va int�resser Jack � toutes les manifestations artistiques ou rituelles du Bouddhisme.

L�application du Zen � la po�sie japonaise � le ha�ka� � enthousiasme
Kerouac. Exercice d��veil, le ha�ka� consiste � �purer une histoire
naturelle jusqu�� l��crire en trois vers de dix-sept syllabes , dans le but de provoquer l��tonnement avec la chute du troisi�me vers. Changeant de langue, le po�te arrange la forme � sa mani�re � les langues occidentales ne peuvent pas s�adapter � la fluidit� syllabique du japonais � mais en conserve l�esprit de puret�, de m�ditation introduit, � partir du dix-septi�me si�cle, au Japon, par les po�tes zen Bash� , Issa et Buson.

Nesetsukeshi ko no
Sentaku ya
Natsu no tsuki
Bash�

Elle a couch� l�enfant,
Lave les v�tements ;
Lune d��t�.

Pour Kerouac, l�ha�ka� doit �tre d�pourvu de tout artifice po�tique.
Toutefois, l�absence de sens entre le second vers et le troisi�me, qui
constitue chez les po�tes japonais l��nigme zen pouvant conduire �
l�illumination, est souvent n�glig�e dans ses haika�s.

Et le chat tranquille

assis pr�s du poteau

Per�oit la lune

Un peuplier

Des feuilles jaunies

Un �crivain est pass� par l�.

Le second ha�ka� est construit sur un jeu de mots, ce qui est impensable
dans la forme traditionnelle japonaise. Gary Snyder t�moigne que Kerouac pouvait facilement composer un ha�ka� int�ressant, spontan�ment. C�est une m�thode pour ne plus penser et aller son chemin en dansant. "J�entrevois la grande r�volution des sacs � dos. Des milliers, des millions de jeunes Am�ricains, bouclant leur sac et prenant la route, escaladant les montagnes pour prier, faisant rire les enfants, r�jouissant les vieux, rendant heureuses les jeunes filles et plus heureuses encore les vieilles, tous transform�s par les Fous du Zen, lanc�s de par le monde pour �crire des po�mes inspir�s, sans rimes ni raison, donnant l�image de la libert� par leurs actes impr�vus, � tous les hommes et m�me � tous les �tres vivants ", proph�tise Jack dans Les Clochards c�lestes.

La Lumi�re est en retard car elle arrive apr�s la r�alisation, constate Kerouac. Le processus qui m�ne � l�illumination zen comprend quatre �tapes : le stade initial et le k�an, le somma, le maky� et le satori. Avec le satori, nous atteignons un au-del� du sujet et de l�objet. Le Zen commence avec lui et finit avec lui ; il est la mesure du Zen. Il n�est pas un �tat de simple qui�tude � comme le souhaiterait parfois un Kerouac qui�tiste �, mais une exp�rience int�rieure qui d�clenche une explosion soudaine de la connaissance de l�esprit.

Le k�an permet parfois d�atteindre l�illumination. C�est une �nigme
paradoxale qui reste constamment pr�sente au regard de l�esprit, nuit et jour, en tout temps et en tout lieu. Voici un k�an de la secte Rinzai :
" Quel bruit produit une main qui claque ? " Snyder approuve le k�an que lui rapporte Kerouac interrogeant un vieux cuisinier chinois : "
Pourquoi le Bodhidharma est-il venu de l�Ouest ? " (Bodhidharma est
l�Indien qui introduisit le bouddhisme en Chine.)

" Je m�en moque ", r�pondit le vieux cuisinier en plissant les yeux, et je r�p�tais sa phrase � Japhy (Gary Snyder dans le roman) qui dit :

" Excellente r�ponse, absolument excellente. Maintenant tu sais ce que
signifie le Zen pour moi. "

Un dessin rituel doit �tre accompli pour �ter � la po�sie sa boue. Gary Snyder trace le cercle magique. La mandala permet de lire l�avenir si on ajoute quelques signes en pronon�ant une formule rituelle. Le cercle repr�sente le vide et les dessins sont les illusions. Une mandala est une repr�sentation mat�rielle de l�univers d�apr�s la conception cosmogonique bouddhique. Gary Snyder indique � Kerouac qu�on voit parfois une mandala trac�e sur la t�te d�un Bodhisattva et inspir�e par l�histoire de sa vie. C�est une coutume d�origine tib�taine. Gary Snyder a int�gr� au Zen certains �l�ments du bouddhisme tantrique. �tymologiquement, le tantra est ce qui �tend la connaissance. Le tantrisme a �t� introduit par Asanga vers 400 puis par N�g�rjuna au IIe si�cle. Il s�est d�velopp� au IVe si�cle sous le nom de v�hicule du Diamant (Vajray�na).

Le nom du " rituel secret " est Pancatattva qui signifie " les cinq
�l�ments ". On met en relation cinq " substances � utiliser " avec les
cinq " grands �l�ments ". L�utilisation de la femme correspond �
l��ther. Celle du vin correspond � l�air ; � la viande, le feu ; au
poisson, l�eau ; aux c�r�ales, la terre. La chair, le Cosmos vivant, le Temps constituent trois �l�ments fondamentaux de la r�alisation
tantrique. L�homme ne dispose plus de la spontan�it� et de la vigueur
spirituelles dont il jouissait au d�but du cycle. Il est incapable
d�acc�der directement � la V�rit�. Il doit " remonter le courant ",
partir des exp�riences fondamentales et sp�cifiques de sa condition
d�chue, des sources m�me de sa vie. Dans le s�dhana tantrique, le " rite vivant " joue un r�le d�cisif, le " c�ur " et la " sexualit� " servent de v�hiculent pour acc�der � la transcendance. Dans le ravissement qui unit deux �tres, dans la simultan�it� de l�ivresse et de l�orgasme, on peut provoquer l��tat d�" identit� " et de transcendance. Le plaisir exalt� et transfigur� pr�figure l�illumination absolue (sambodhi).

Gary Snyder appr�cie le tantrisme parce qu�il se m�fie de toutes les
philosophies bouddhistes et m�me de toutes les philosophies qui
rabaissent la sexualit�. Il explique � Jack comment on joue au yabum. Il s�assoit en tailleur sur l�un des coussins pos�s par terre. Puis il se rapproche d�une jolie blonde appel�e Princesse qui s�assoit en face de lui, en lui jetant les bras autour du cou. " C�est ainsi que l�on
proc�de dans les monast�res du Tibet. C�est une c�r�monie rituelle qui a lieu en face des pr�tres. Ceux-ci chantent et les fid�les prient et
r�citent " Om Mani Padm� Oum ", ce qui signifie : " Que soit faite la
volont� de la foudre dans le Vide obscur. Je suis la foudre et Princesse est le vide obscur. "

Kerouac est mal � l�aise dans la suite du yabum qui consiste � se
d�v�tir, se caresser et s�embrasser. Je venais de passer un an de
chastet� absolue, car je pensais que la fornication est la cause directe de la naissance et que la naissance est la cause directe de la
souffrance et de la mort. J�en �tais arriv� � un point o�, sans mentir, je consid�rais la fornication comme une agression et m�me une cruaut�. Princesse, toujours nue, est couch�e par terre pour le plaisir de faire de l�exercice en mettant sa bras autour de ses genoux. Pour finir, Kerouac et elle prennent un bain chaud dans la baignoire.

Gr�ce � Gary Snyder, Kerouac a appris ce qu�il esp�rait : la mani�re
dont les Fous du Zen en usent avec les filles. Gary projette alors de
faire une superbe excursion, avec leur ami John Montgomery, dans les
hautes sierras en cette belle fin octobre. Bien que Kerouac se fasse
traiter de Bouddha connu sous le nom de grand Tire-au-flanc, il accepte de monter avec les autres au sommet du Matterhorn.

XVI

De retour en ville, Jack retrouve l�amie de Neal, Nathalie Jackson, en
pleine crise de parano�a. Elle ne cesse d�affirmer que la police va
arr�ter tous les mystiques de Berkeley. Jack s�aper�oit bien vite
qu�elle est accroch�e aux amph�tamines et qu�elle n�arrive pas �
redescendre. De jour en jour sa parano�a s�accentue. Elle s�ouvre une
premi�re fois les veines, mais Neal l�arr�te � temps. Il demande � Jack de la surveiller parce qu�il doit se rendre � son travail. En la
pr�sence de Jack, Nathalie ne cesse de d�lirer ce qui lui fait perdre
patience � en r�alit� il est tr�s mal � l�aise, il n�arrive pas �
communiquer avec elle.

Neal rentre au matin de son travail et Jack quitte l�appartement.
Pendant le sommeil de Neal, elle brise un vasistas et tente de s�ouvrir de nouveau les veines du poignet. Un voisin l�aper�oit et alerte la police. Lorsqu�ils font irruption dans l�appartement, elle pense que la grande arrestation est arriv�e et s�enfuit jusqu�� la goutti�re. Elle fait une chute du sixi�me �tage et meurt � l�arriv�e.

Jack comme toute la communaut� litt�raire de San Francisco est
boulevers�. C�est le signe que le moment est venu de reprendre la route. " Au moins, maintenant, elle est au ciel, et elle sait. Elle a quitt� la grande souffrance de l�atomique. ", pense-t-il.

La veille de son d�part, Jack passe voir Gary. Ils tiennent une ultime
discussion m�lant les religions bouddhiste et chr�tienne. Pour Kerouac, il n�y a pas lieu de s�emp�trer dans le schisme entre le bouddhisme et le christianisme, l�Orient et l�Occident. Le nirv�na et le ciel sont iden

Traduit par Les Clochards c�lestes, The Dharma Bums, le roman de Kerouac qui relate cette p�riode mystique pourrait prendre le titre fran�ais des P�lerins de l�Univers. Il adresse au lecteur un message cach� : " Ami, c�en est assez. Si tu veux lire plus, va et deviens toi-m�me et le livre et l�essence. " Telle est l�exp�rience de l��criture chez Kerouac, appel�e " �crits d�or ", � la fois action et exp�rience int�rieure.

Dans l�inqui�tude de la r�alit�, Kerouac cherche le lieu de l��ternelle qui�tude. Son tombeau, son effort et son cercueil o� il reposera � jamais doivent �tre le c�ur de J�sus. Mais pour aboutir � ce r�sultat, il faut m�me d�passer Dieu. Le mystique catholique, qu�il ne cesse d��tre malgr� son engouement pour le bouddhisme, doit monter encore plus haut que Dieu dans un d�sert. L�, on ne sait plus qui on est. Mais Dieu ne vit pas sans nous. Si nous devenons n�ant, Dieu doit rendre l��me. Kerouac a compris cette v�rit� qui d�passe les fronti�res que les religions ont b�ti entre elles, que le ciel est en lui et qu�il ne sert � rien de courir. Pire, chercher Dieu ailleurs, c�est le manquer toujours. Il lui faudra des ann�es d�errance inutile avant de le comprendre

Le soir, guettant le train sur le bas-c�t�, Jack h�le un vagabond qui
lit un extrait du Digha Nikaya, les paroles de Bouddha. Ce vagabond ne
boit pas et veut seulement br�ler le dur dans des trains de marchandises d�un bout � l�autre du pays, en faisant sa cuisine dans des bo�tes de conserve. Apprenant que Jack souffre de phl�bite, il lui explique qu�il s�est lui-m�me d�barrass� d�une arthrite par un rem�de simple, un exercice secret des moines tao�stes. " Tenez-vous la t�te en bas trois minutes par jour ou m�me cinq minutes. Chaque matin au r�veil, que ce soit au bord d�une rivi�re ou dans un train qui roule � toute allure, j��tends une petite natte par terre, je fais le poirier fourchu et je compte jusqu�� cinq cents. " Jack r�v�le qu�il reconna�t en lui un Bouddha et qu�� la suite de cet exercice, sa phl�bite disparut en trois mois.

Il grimpe dans un train, mais doit le quitter � cinq kilom�tres de la
jungle industrielle qui entoure L.A. � cause des vigiles. Ruminant sa
ranc�ur, il s�efforce de dormir dans un foss� bordant le rail. Sa
m�ditation, cette nuit-l�, refl�te son �tat d�esprit. " Le seul rem�de
contre l�empoisonnement par la morphine est encore plus de morphine. "

Los Angeles est un pi�ge ignoble dont le brouillard enfum� poursuit le
stoppeur jusqu�� quarante kilom�tres de la ville. Le lendemain, Jack
r�ussit au prix d�une fatigue inhumaine � quitter la m�tropole.

De Riverside, il commence un voyage de quatre mille kilom�tres pour
rejoindre sa famille � Big Eastonburg. Il y arrive tant bien que mal, la derni�re partie �tant faite en compagnie d�un routier qui lui demande en �change de le sortir dans les bo�tes de Mexicali, de l�autre c�t� de la fronti�re. Apr�s avoir fait la f�te, ils repartent vers Yuma, Arizona, Tucson, puis ils remontent le Nouveau Mexique et passent � Alamorgo, o� a �clat� la premi�re bombe atomique, le 16 juillet 1945 � curieusement � proximit� de Los Alamos o� Burroughs effectua ses �tudes secondaires. Jack a une �trange vision. Dans les nuages qui recouvrent la montagne, se d�tachent les lettres Rien n�existe.

Le camion traverse l�Oklahoma, l�Arkansas, l�Illinois, l�Indiana pour
p�n�trer dans les neiges de No�l de l�Ohio. Jack descend � Springfield
et se s�pare de son nouvel ami avec un peu de tristesse. Il prend
ensuite un bus �pouvantable qui met la nuit � le conduire � bon port, un embranchement routier en pleine campagne, � cinq kilom�tres de Big
Eastonburg.

� son arriv�e, le chien Bob l�accueille le premier puis le reste de la
famille surgit d�une cuisine chaude.

XVIII

Jack se rend tout de suite � la corne du bois o� il retrouve le sentier qu�il a trac�, le printemps dernier, pour se rendre au pied d�un pin o� il m�ditait. Il avance jusqu�au seuil d�acc�s � la for�t o� il renouvelle le rite qui consiste � s�incliner les mains jointes et � remercier le grand Bodhisattva de compassion : Avalokiteshvara. Il conna�t une gr�ce, un silentium mysticum. Ce vide int�rieur n�est pas n�ant. Il est riche, rempli par la pr�sence de Quelqu�un qui d�passe ses repr�sentations mentales. Lorsque les pens�es reviennent, c�est pour lui dire : Un seul homme qui pratique la charit� dans le d�sert vaut mieux que tous les temps b�tis par les hommes.

Jack tend le bras pour caresser Bob. " Tous les �tres qui vivent et qui meurent sont comme ce chien et moi, ils vont et viennent mais ils n�ont ni dur�e ni substance propre. � Dieu, nous ne pouvons donc pas exister. Comme cela est �trange, et important et r�confortant ! Quelle horreur si le monde avait �t� r�el, il serait immortel. " Il suffit de croire que le monde est une fleur �th�r�e pour vivre.

XIX

D�s la seconde quinzaine de janvier, ses m�ditations et �tudes portent
leur fruit. Son humeur est tr�s optimiste et il se sent libre. Il �crit au po�te de San Francisco Philip Whalen : " Il existe un aujourd�hui qui chante et c�est nous qui l�avons engendr� ; nous avons transport� l�Am�rique comme sur un tapis volant dans ce D�j� et ce Nulle-Part qui chantent. " Peu apr�s No�l, profitant de l�absence de M�m�re qui est partie � New York pour l�enterrement de sa belle-m�re, Jack d�cide d��crire un roman sur son fr�re G�rard. Son r�cent s�jour � Lowell lui avait rappel� les d�cors de son enfance ; l�atmosph�re familiale de Big Eastonburg est baign�e du catholicisme de Lowell, tr�s rigoureux. Kerouac insiste dans Visions de G�rard sur la notion de p�ch�. " Louer les jambes d�une femme, ses cuisses superbes, cela ne m�ne qu�� des nuits de mort, voyez la v�rit� en face � Le p�ch� est le p�ch�, il n�y a pas moyen de l�oblit�rer � Nous sommes des araign�es. Nous nous piquons les uns les autres. " Un tel constat est �loign� du bouddhisme o� le p�ch� n�est pas originel, mais la cons�quence d�une mauvaise action. La notion de faute, de p�ch� le ronge s�rieusement. Ce moi m�prisable qui le hante selon Philip Whalen, est une des causes d�un alcoolisme, pour le moment occasionnel.

Jack �crit Visions de G�rard durant douze nuits, dans la cuisine de Nin qui lui a interdit d�allumer sa bougie. Il boit du th� bouillant et avale de la benz�drine. "Aucun homme n�est exempt de p�ch�, pas plus qu�il ne peut �viter d�aller faire un tour aux toilettes ", �crit-il. Sa vision du monde est devenue noire. La jubilation et l�insouciance de la Californie ont disparu. L�horreur est de retour comme la monnaie courante dans un monde d�sesp�r� et haineux. Le catholicisme triomphe. C�est gr�ce � la vertu de sa souffrance sur la terre que le noir de G�rard est chang� en blanc. Sa compassion s��coule vers le monde, alors m�me qu�il g�mit au c�ur de sa grande peine.

Kerouac pr�sente Visions de G�rard comme un livre sombre et proph�tique. Il n�a rien de bouddhiste et c�est pourtant la raison �voqu�e par son �diteur Malcolm Cowley pour le d�sapprouver. En fait, je ne suis pas un " beat " mais un mystique catholique, �crira-t-il dans la pr�face du Vagabond solitaire. Kerouac tente de faire co�ncider les deux syst�mes l� o� c�est possible. La voie du mysticisme qu�il a choisi � cette �poque les rapproche singuli�rement.

Dans cette exp�rience, qui fut celle de G�rard, il ne faut pas s�opposer � l�action de Dieu m�me lorsqu�elle est obscure et douloureuse. Le Moi du contemplatif s�efface et l�amour de Dieu est son guide. Cette flamme d�amour est au c�ur du livre de Kerouac. " E�tre Dieu et avoir vu ses yeux tourn�s vers mon autel, avec cette b�atitude contemplative, tout cela parce que je lui ai accord� une r�mission facile, ce serait, dirais-je, les enfers de la faute � Mais Dieu est plein de mis�ricorde et Dieu, surtout, est bon, la bont� c�est la bont�, la bont� c�est tout, et le r�sultat de tout cela c�est que l�ange mortel qui est � la grille de l�autel, alors que l��glise vrombit d�un silence vide, est baign� de b�atitude et de bont� (...) "

Lorsque G�rard meurt, un rideau s�ouvre et r�v�le le d�cor qui se cache derri�re le d�cor : l�essence centrale des visions est une �ternelle et �blouissante extase joyeuse et radieuse. La Septi�me Demeure de Th�r�se d�Avila r�v�le le paradoxe de l�unit� dans la diversit�, qui est inh�rent � la r�v�lation mystique. " C�est comme un petit ruisseau qui entrerait dans la mer et s�y perdrait enti�rement ; c�est enfin comme la lumi�re qui entrerait dans un appartement par deux fen�tres et dont les rayons divis�s d�abord se r�uniraient � l�int�rieur en une seule lumi�re. " Jack voit l�extase, ici, maintenant ; l�extase parfaite et divine ; la r�compense infinie.

� la fin de Visons de G�rard, c�est un vieux fossoyeur qui prend sa
pelle et ferme le livre comme on recouvre de terre un cercueil.

XX

Au printemps, Jack passe ses journ�es dans les bois � " �tudier ", ce
qui choque les voisins � il n�a plus l��ge � �a. Il re�oit une r�ponse
favorable du minist�re de L�Agriculture U.S. pour aller surveiller les
incendies sur les Cascade Mountains � son poste d�observation sera sur
le pic D�solation dans l��tat de Washington mais la mission ne
commencera qu�au mois de juillet. D�sargent�, Jack doit rester au moins trois mois � Big Eastonburg. Peu � peu, le climat se d�grade ; comme l�an dernier, sa famille ne supporte ni son oisivet� ni son bouddhisme.

M�m�re est malade depuis plusieurs jours, toussant dans son lit sans
raison apparente. Jack se sent investi brutalement de pouvoirs
surnaturels. Il entre en transe en r�p�tant " Tout est vide et vivant !" et lui impose les mains en la frictionnant d�un baume. Sa vision d�signe des fleurs qu�il faut d�placer dans le jardin. Un m�decin parlerait d�allergie aux plantes, un bouddhiste de microbes de l�Astral, de puissances nocives et mal�fiques. En tout cas, le magn�tisme curatif de Jack est suffisant pour que le lendemain sa m�re soit gu�rie. Pourtant, il ne recommencera plus jamais � utiliser ses dons, �tant effray� par leur nature.

Le soir, Jack continue de collectionner ses r�ves � il a commenc� ce
travail en 1952 � sur des petits calepins intitul�s R�VES. Une nuit, il re�oit une visite transcendante. Il s�agit du Bouddha Dipankara � le Bouddha qui ne parle pas. La vision l�effraye et lui fait pousser
int�rieurement le cri Colyalcolor. Pendant cette vision, il perd conscience d��tre lui-m�me. Il est un pur �tre, simple action d�pouill�e, et �th�r�e, lib�r�e de toute erreur... lib�r�e de tout
effort, lib�r�e de toute faute. Le mot Colyalcolor sonne un peu comme
Coyotl, le l�gendaire Dieu des Indiens auquel Jack est attach�.

La lib�ration de toute faute signifie qu�il atteint une connaissance de Dieu qui peut �tre celle du bouddhisme ou celle du mysticisme chr�tien. " Dieu n'est pas hors de nous mais il est bien nous, les vivants et les morts, les jamais-n�s et jamais-morts. Que nous ne devions l'apprendre que maintenant est r�alit� supr�me, cela a �t� �crit il y a longtemps dans les archives de l'esprit universel, cela est d�j� fait, il n'y a rien de plus � faire. "

Jack se laisse abuser. Cet �tat de fusion du sujet et de l�objet est le d�but de la vie spirituelle et non la fin de l�exp�rience spirituelle. Au stade o� il est, pour progresser et surmonter les obstacles qui se dressent sur le chemin du d�veloppement spirituel, il devrait pratiquer la m�ditation, ne plus se disperser sur les routes am�ricaines et surtout, surveiller sa consommation d�alcool.

En avril, Jack d�cide de rejoindre Gary Snyder � Mill Valley, en
attendant de prendre son poste dans les monts Cascade.

XXI

Le voyage est aussi difficile qu�� l�aller. Parcourir quatre mille
kilom�tres sans presque d�argent, ce n�est pas une chose futile. Mais la bonne connaissance qu�a Kerouac des chemins de fer am�ricains lui est tr�s utile. Lorsqu�il quitte les entrep�ts de San Francisco, il lui reste tout juste un dollar pour couvrir ses frais d�autobus et se rendre chez Gary, sur les pentes du mont Tamalpais, pr�s de Mill Valley.

Les retrouvailles avec Gary sont excellentes ; Jack a pr�par� le d�ner :
un rago�t de porc et de haricots. Gary s�est ras� la t�te comme un moine zen. Il a un emploi de charpentier � Sausalito, comme son voisin, Locke McCorcle. Gary a s�journ� � Crater Peak l��t� pr�c�dent. Il raconte � Jack ce qui l�attend cet �t� � D�solation � un endroit tr�s tib�tain. Il passera l��t� dans un refuge qui est � deux mille m�tres, du c�t� du Canada, dans la cha�ne des Pickets, vers les hautes terres du Chelan. Les montagnes sont habit�es par des daims, des ours, des lapins, des faucons, des truites et des tamias.

Jack travaille � couper du bois et va souvent chez les McCorcle, qui ont � la fois un mode de vie thoreauiste de retour � la nature et un go�t pour les f�tes o� tout le monde se d�shabille et danse. Pudique, Jack reste assis � boire du vin et � discuter avec les uns et les autres. Gary l�encourage � �crire un sutra et Jack s�attelle � l�ouvrage en ayant � l�esprit un texte mystique qui englobe le catholicisme de son enfance � avec la figure centrale de Sainte Th�r�se de Lisieux � le bouddhisme Tch�an, et le tao�sme. Le Zen y est singuli�rement absent, il faut donc bien croire que Jack ne le prend pas tr�s au s�rieux et qu�il le consid�re comme une lubie de la C�te Ouest.

Il s�efforce de pratiquer le non-agir tao�ste quand Gary Snyder, tout
comme Neal, est un homme d�action. La phrase de Dosto�evski �crite dans Notes pour un souterrain ne le quitte pas : " L�homme qui poss�de un caract�re d�action est un �tre essentiellement m�diocre. " Mais Gary Snyder lui fait remarquer que la diff�rence entre le non-agir et
l�action est d�pass�e. Le Bouddhiste doit �tre actif. De plus, ils
manquent de se quereller parce que, au dernier moment, Jack n�accompagne pas Gary dans le Centre Bouddhiste de Berkeley pour �couter une conf�rence, pr�f�rant boire du porto dans la rue. Ses amis constatent tristement combien il est d�pendant de l�alcool.

Gary Snyder quitte San Francisco en bateau pour le Japon, le 15 mai, o� il doit s�journer trois ou quatre ans. Un mois plus tard, Jack s�en va � son tour rejoindre son poste dans l��tat de Washington.

XXII

Jack parcourt en stop le trajet qui passe par Portland, Vancouver et
enfin la p�ninsule Olympic, jusqu�� la base navale de Bremerton o� un
ferry-boat le conduit � Seattle.

Il est sous le charme de cette ville portuaire � qui n�a pas vu Alanska Way, le vieux front de mer, a manqu� l�essentiel. Il �prouve des sensations exaltantes en sortant de la ville par le nord. Il se dirige vers les bas quartiers et loue une chambre � l�H�tel Stevens pour passer la nuit. Le lendemain, il parcourt la Premi�re Avenue pour acheter des chandails et des sous-v�tements dans les surplus. Apr�s un copieux petit d�jeuner, il se place sur la route 99, direction le nord, et commence � lever le pouce. Il voit se dresser � l�horizon, au nord-est les Komo Kulshan � des Cascade Mountains. " Les pics imposants sont envelopp�s d�une couche blanche que nul chemin ne vient violer ; des univers d��normes rochers aux formes tourment�es s�entassent et parfois prennent des allures de spirales aux silhouettes fantastiques et incroyables. "

Il progresse par petites �tapes jusqu�au moment o� il atteint Diablo �
un lac muni d�un gros barrage. Ensuite, la route se fait plus petite et il atteint finalement dans un nuage de poussi�re, le poste des rangers de Marblemount.

Apr�s un stage d�une semaine, Jack est conduit � son refuge par un
muletier et un assistant forestier. Le voyage est p�nible � cause de la pluie drue. Le muletier qui conna�t bien Gary lui explique que le pic de D�solation doit son nom � un sinistre incendie qui a d�vast� tout le pays autour de lui, en 1919. Ils arrivent finalement dans une baraque en bois d�labr�e, � une hauteur de mille huit cent vingt-huit m�tres. Ils se font un caf� extr�mement fort pour essayer de se r�chauffer.

XXIII

Jack prend tr�s � c�ur son travail de guetteur, surveillant les for�ts
pour d�limiter les zones dans lesquelles la foudre frappe g�n�ralement. Parfois, il fixe l�horizon avec une telle intensit� qu�il croit voir des incendies partout. Lorsqu�ils existent, la plupart des feux s��teignent sous les averses qui suivent les orages.

Le grand bienfait du s�jour en hauteur, isol� de tout, est l�impossibilit� de se procurer de l�alcool. Jack vit tr�s bien ce
sevrage naturel. Le jour, il organise m�ticuleusement ses journ�es �
comme le fait tout �crivain. Il apprend la g�ographie qui l�entoure �
des symphonies de neige rouge dans le cr�puscule � le mont Jack, le pic des Trois Fous, le pic Freezeout, la Corne d�Or, le mont Terror, le mont Challenger, le mont Baker et la petite ar�te de Jackass qui compl�te l�ar�te de la D�solation. Le mont Hozomeen est de loin le plus impressionnant. Il se trouve au Canada et est couronn� d�une �toile. Il est � la fois beau et lugubre. " Hozomeen est le Vide ", �crit-il dans Desolation in Solitude.

Il compose des ha�ka�s au compte goutte comme si la magie et l�intensit� de ses apr�s-midi vides et sans fin n��taient pas compatibles avec l��criture qui est une mani�re artificielle et urbaine d�atteindre � la consistance du sujet.

Qu�est-ce qu�un arc-en-ciel,

Seigneur ? � un cerceau

Pour les humbles

Il tient �galement un journal qui servira � �crire la premi�re partie de la version am�ricaine non-tronqu�e des Anges vagabonds.

La fin du s�jour annonce la fin d�un cycle heureux qui a dur� une ann�e. Kerouac �nonce une figure litt�raire � Les �toiles sont des mots � pour contredire la valeur de l�exp�rience qu�il vient de vivre. Il n�y a aucun besoin de solitude. Il s��loigne irr�m�diablement de la voie trac�e par son ami Gary Snyder. De retour dans le sams�ra, il ne va bient�t plus lui rester que des copains de bar. Il se d�barrasse de sa mauvaise conscience concernant les paradis artificiels en affirmant que Dieu est tout. Il faut tout aimer, m�me le mal ; en fin de compte, il n�y a ni bien ni mal.

Ces conclusions sont graves de cons�quences. Il instaure, l�illusion
divine (m�y�) en tant que Dieu. Le Veilleur solitaire du mont D�solation s�est �gar�. En r�alit�, seule, m�y� emp�che l�esprit et les sens de d�sirer la r�alisation de Dieu. Mais celui qui r�alise Dieu s��l�ve au-dessus des charmes et des attractions qu�elle nous offre. M�y� ne r�v�le ses myst�res qu�� celui qui transcende son royaume. � ce moment-l�, seulement, on peut se situer par del� le Bien et le Mal.

� bord du canot � moteur des services forestiers qui l�ont ramass� le
long du lac Ross, apr�s la descente de la montagne, il ignore que la
solitude trop brutale sans une suite d�exercices ayant pour but le
d�veloppement spirituel a d�velopp� en lui une n�vrose. L�inconscient se r�jouit sordidement de retourner � ses abominations, muni d�un passeport en r�gle � un m�lange de pr�ceptes bouddhistes � sans �tre guid� par un souci de r�alisation spirituelle.

XXIV

De retour � San Francisco, Jack fr�quente de nouveau ses amis, les
piliers du bar Vesuvio, dans l�Adler�s Alley et des clubs de jazz comme le Cellar fr�quent�s par les Noirs. Sa fr�n�sie est aliment�e par l�alcool et il n�est gu�re capable de rencontrer v�ritablement les
nouveaux po�tes comme Michael McLure et Robert Duncan. Gary Snyder a
fait remarquer que discuter avec lui ressemble � jouer au handball avec trois ou quatre ballons � la fois. Mais f�cheusement, Kerouac et
Ginsberg � qui ne sont pas de Frisco � rejettent l�exp�rience po�tique
de McLure et de Duncan. Ils seraient bien incapable d�en �valuer la
valeur. Le premier s�est abandonn� au bouddhisme, le second � des id�es r�volutionnaires propres � New York. Ce sectarisme exasp�re Kenneth Rexroth qui les prend en grippe. Les relations entre les natifs de Frisco et les autres se d�t�riorent rapidement. Dans le fond, rien ne les r�unit d�autre que d��crire une po�sie " ouverte ", contre les r�gles de la po�sie universitaire.

Isol� et fatigu� de boire, indiff�rent � ces disputes litt�raires, Jack fait le dur sur un train � destination de Los Angeles. Il descend
ensuite en stop vers Mexico, se faisant arr�ter par un policier aux
environs de Tucson. Le bhikshu termine l� son existence ; il ne l�vera
plus jamais le pouce pour traverser l�Am�rique.

Pour info, on m'a signal� ceci:

Samedi 23 juillet 2005
� l'Ath�n�e Libertaire
(7 rue du Muguet, Bordeaux)
A partir de 18 heures

Concert punk/hardcore avec les groupes Horr�r (Barcelone) + Face Up To It (Bordeaux)

Et:
- Une projection avant le concert de "Mas Alla de los Gritos" (Beyond the Screams), film documentaire de Martin Sorrondeguy (Los Crudos...) sur la sc�ne punk latino / chicano aux Etats-Unis.
- Un barbecue v�g�tarien / v�g�talien !
- Une petite friperie
- Une table de presse / distro (disques, fanzines...)
- Bar, ap�ro... tout le tralala habituel

Un petit fanzine sera distribu� gratuitement � l'entr�e.
Tout �a pour une participation aux frais de 5 Euros

merci de votre attention,

no�mie.

"Lors de la diffusion du 3e �pisode du jeu de t�l�-r�alit� de TF1, pr�s de 7 millions de t�l�spectateurs ont pu observer des participants tuant et mangeant des p�trels, une esp�ce d�oiseaux prot�g�e. Plusieurs associations de d�fense des oiseaux ont d�cid� de porter plainte.

Tuer et manger une ch�vre pleine... les aventuriers de Koh Lanta 5 en ont eu l�interdiction formelle, lors du 3e �pisode du jeu d�aventures de TF1, diffus� la semaine derni�re. Par contre, que les candidats cuisinent des puffins fouquets, une esp�ce d�oiseaux sensible et prot�g�e sur le territoire et plus commun�ment appel�e p�trel, n�a pas sembl� �mouvoir la production de l��mission. Les associations de protection et de d�fense de la nature, si. Dans un communiqu� commun, la Soci�t� cal�donienne d�ornithologie (SCO), l�Association pour la sauvegarde de la nature n�o-cal�donienne (ASNNC), le Centre d�initiation � l�environnement (CIE) et le WWF se sont d�clar�s
indign�s quant � ces agissements cruels et d�lictuels. La SCO et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), associations fond�es � agir, vont m�me d�poser, avec le soutien d�un grand nombre d�autres structures locales et nationales, une plainte conjointe contre les participants, auteurs des d�lits, la soci�t� de production et la cha�ne TF1. � Nous souhaitons que soient prises des sanctions financi�res, qu�une information sur l�existence de cette plainte soit pr�sent�e au JT de TF1 et pourquoi pas une suspension de la diffusion de l��mission �, expliquait J�r�me Spaggiari, de la SCO.

Pour TF1, des oiseaux non prot�g�s

De son c�t�, interrog�e via une question d�un t�l�spectateur, TF1 s�est d�fendue, en r�pondant, dans un courrier �lectronique, que � les oiseaux marins, ou puffins du Pacifique, qui sont chass�s pour �tre mang�s, sont abondants dans cette r�gion du globe. Ils ne b�n�ficient pas de l�appellation d�esp�ce prot�g�e par la Ligue de protection des oiseaux sur l��le des Pins, contrairement � d�autres esp�ces comme les p�trels. Sachez que nous d�plorons le massacre d�animaux et ne cautionnons absolument pas la fa�on dont certains peuvent �tre martyris�s. Cela n�est toutefois aucunement comparable avec ce qui se produit dans l��mission � Koh-Lanta � diffus�e actuellement. � Selon les associations, les puffins sont pourtant bien prot�g�s, ainsi que leurs nids et �ufs, par deux d�lib�rations provinciales de 1972 et 1977.

Des r�actions depuis la m�tropole

La SCO r�fl�chit �galement � des actions gracieuses voire contentieuses � l��gard du CSA et de la Province sud, pour savoir o� le dysfonctionnement a eu lieu. D�autant que cette association �uvre, avec le soutien des institutions, � mieux conna�tre et prot�ger ces esp�ces. Et le message passe, puisque r�guli�rement, des Cal�doniens sensibilis�s recueillent des oiseaux �gar�s et contactent ces associations pour savoir comment les sauver. � Il y a �galement eu une r�action �motionnelle importante, suite � la diffusion de l��mission, puisque beaucoup de gens nous ont �crit de Nouvelle-Cal�donie, mais �galement de France et de Belgique �, ajoutait J�r�me Spaggiari.

La richesse ornithologique du territoire en danger

La Nouvelle-Cal�donie peut se pr�valoir d�accueillir 51 esp�ces d�oiseaux marins dont 25 lors de leur saison de reproduction. De plus, 3 esp�ces, les p�trels de Gould et de Tahiti ainsi que la sterne nereis sont end�miques du territoire et pour les deux premi�res, en danger d�extinction. La richesse biologique de la Nouvelle-Cal�donie et donc sa responsabilit� en termes de conservation ne se limitent pas � des esp�ces rares et localis�es. Les oiseaux marins constituent, en effet, l�un des groupes d�oiseaux les plus menac�s de la plan�te.

La promotion de mauvais gestes pour la plan�te

� Ces esp�ces cl�s de l��cosyst�me marin repr�sentent un v�ritable d�fi de conservation pour les prochaines d�cennies, que les scientifiques et les professionnels de l��ducation et de la conservation tentent de relever. Ceux-ci, � l�unanimit�, d�plorent ces faits et condamnent la cha�ne de t�l�vision TF1 et son �mission Koh Lanta, qui font explicitement la promotion, aupr�s de presque 7 millions de t�l�spectateurs fran�ais, de mauvais gestes pour la plan�te �, s�indignent les associations environnementales locales.
Le territoire accueille un gros tiers (soit environ 500 000 couples) de la population mondiale des puffins fouquets, appel�s localement � p�trels �. Ces oiseaux sont vuln�rables du fait de la r�duction de leur habitat pour la nidification (d�veloppements urbain et touristique, carri�res de sable). En outre, ils subissent � terre de nombreuses menaces : pr�dation par des esp�ces animales introduites (chiens, chats, rats, �), pi�tinement des colonies, massacre par des individus au comportement inepte, collision avec des �l�ments urbains apr�s avoir �t� attir�s par les �clairages artificiels des villes. En mer, leur sort n�est pas plus heureux puisqu�ils sont des victimes indirectes de la p�che industrielle."

source : ICI

Pour r�agir, envoyez un email de protestation � TF1, consultez CE SITE pour plus d'infos.

merci de votre attention,

no�mie.

forum sur le punk et le V

| 3 Comments

Pour info pour les personnes qui s'int�ressent au punk et au V�g�ta*isme/Veganisme, une rubrique V s'est ouverte fin juin sur le forum du fanzine apatride, le lien : ICI

no�mie.

v�g�talisme et �cologie

Pour une alimentation et une soci�t� non-pr�datrices
par : Anonyme
(Brochure �dit�e � l'occasion du festival Viva Vegan � l'Espace Autog�r�, Lausanne, du 11 au 13 avril 2003)

Ce texte propose une r�flexion sur les raisons �cologiques pouvant mener � adopter une alimentation v�g�talienne, et sur quelques questions qu'un-e �cologiste radical-e peut se poser au sujet de l'exploitation animale.

On n'y parlera pas de souffrance animale, ce qui est (avec raison) la principale question qui am�ne les gens � cesser de s'alimenter avec de la nourriture d'origine animale, mais plut�t d'�cologie au sens large. Quel est le r�le, quelles sont les cons�quences de la production d'une telle nourriture dans notre soci�t� industrialis�e, et quelles r�ponses apporte le v�g�talisme ?

Les v�g�talien-ne-s, par d�finition, refusent de consommer les produits d'origine animale. Il est facile de d�montrer qu'une telle alimentation "pollue moins" qu'une alimentation carnivore, bien que cela contredise certains pr�jug�s tenaces. Mais si l'on admet que le champ d'action de l'�cologie n'est pas seulement la gestion de la d�gradation de l'environnement, mais concerne plus largement les interactions entre les diff�rents �l�ments de la biosph�re, il faut s'attarder un peu plus sur les relations entre l'humanit� et la nature en g�n�ral. Ce qui questionne forc�ment l'�volution de l'agriculture et de la technologie, dans quels rapports ville-campagne ou "Nord-Sud" s'inscrit cette �volution, et quelle est la place de l'�levage dans tout �a...

Ce texte propose de d�fricher le sujet, � partir d'un point de vue sur le monde qui vaut ce qu'il vaut, et un auteur qui ne demande qu'� l'am�liorer. Les commentaires, critiques, documents, propositions sont bienvenus � l'adresse suivante : djd@ziplip.com

Une alimentation insoutenable

Selon l'argumentation environnementaliste classique des v�g�talienNEs, l'alimentation � base animale est trop peu efficace, car elle consomme beaucoup plus de ressources et g�n�re beaucoup plus de pollution que l'alimentation v�g�talienne. On peut d�finir l'efficacit� de la production alimentaire comme le rapport entre les quantit�s de nourriture que mange l'humainE et ce qui est mis en oeuvre pour que la nourriture arrive dans son assiette : agriculture, �levage, industries, transports, ... La production alimentaire animale est d'une efficacit� tr�s faible, car elle se place au sommet d'une cha�ne alimentaire � plusieurs �tages, selon une hi�rarchie humain/animal/v�g�tal. Alors qu'une alimentation totalement v�g�tale comporte un �tage de moins : humain/v�g�tal seulement, ce qui implique une base v�g�tale environ 10 fois moins importante pour nourrir un �tre humain, car le rendement de l'�levage (par rapport aux v�g�taux de fourrage qui y entrent) d�passe rarement 10%.

La consommation de produits animaux implique donc non seulement une production v�g�tale beaucoup plus importante qu'une alimentation v�g�tale directe, mais la multiplication des �tapes de production (�levage, boucherie, fromagerie, transports, cong�lation, conditionnement, emballage...) multiplie aussi les d�chets, les sous-produits potentiellement polluants. Les cons�quences de notre alimentation carn�e et lact�e sont dramatiques pour les sols, les eaux souterraines et de surface, les for�ts et l'atmosph�re.

La r�ponse des v�g�talienNEs � ces probl�mes est de diminuer toutes ces pressions sur l'environnement en supprimant leur demande en �levage, ce qui diminue aussi leur demande indirecte en v�g�taux.

La nourriture :

La consommation d'animaux, eux-m�mes nourris de v�g�taux, est pour les humains une forme d'alimentation indirecte. En cons�quence, pour obtenir la m�me quantit� de calories ou de prot�ines dans l'assiette, il aura fallu cultiver 5 � 10 fois plus de v�g�taux pour de la viande que pour du pain. Dans les ann�es 1990, 50% des c�r�ales cultiv�es en Suisse (70% aux USA) �taient destin�es � l'alimentation des animaux. Vous avez dit gaspillage ?

Les sols et les for�ts :

Nourrir des animaux d'�levage demande plus de surface � cultiver pour faire pousser des c�r�ales et autres v�g�taux. Comme il y a concurrence dans le monde entier entre l'agriculture et la for�t, et que les int�r�ts des humains priment sur ceux des autres esp�ces, ce sont les for�ts qui trinquent ! La d�forestation de la for�t amazonienne est en bonne partie destin�e aux grands propri�taires terriens qui font de l'�levage et de la culture de soja pour l'exportation dans les pays riches. Comme les arbres maintiennent le sol gr�ce � leurs racines et diminuent le ruissellement de l'eau, le passage d'une for�t � une surface agricole se traduit souvent par une
destruction des sols � court ou moyen terme. L'int�r�t des humains est donc de minimiser leurs besoins en surface agricole, car l'�puisement des sols va bon train.

Pour ce qui est des terres trop pauvres pour l'agriculture et utilis�es pour le p�turage, elles sont souvent surexploit�es, notamment � cause de la mis�re de nombreuses communaut�s pastorales qui les pousse � user leurs terres au maximum, causant ainsi un appauvrissement des sols et une d�sertification progressive.

L'eau :

Le gaspillage devient encore plus criant lorsqu'on observe les cons�quences de l'�levage sur les eaux, qui sont de plus en plus rares et/ou pollu�es dans de nombreux endroits de la plan�te. D'une part on consomme une grande quantit� d'eau propre : alors que la production d'un kg de c�r�ales n�cessite environ 100 l d'eau, celle de viande n�cessite 2000 � 15000 l d'eau ; d'autre part on rejette dans l'environnement des eaux fortement pollu�es.

Les surfaces agricoles destin�es au fourrage n�cessitent de l'irrigation, et sont largement cultiv�es de mani�re intensive, avec moult nitrates et produits biocides, et la pollution des nappes phr�atiques que cela implique.

A cela s'ajoutent bien s�r les eaux us�es issues de l'�levage, qui sont fortement charg�es en ammoniac, ce qui est une des causes majeures (avec les nitrates et les phosphates) d'eutrophisation des eaux de surface. L'eutrophisation est une sur-fertilisation des �cosyst�mes aquatiques qui am�ne une prolif�ration d'algues, jusqu'� priver le fond de lumi�re et d'oxyg�ne, ce qui fait d'abord dispara�tre presque toute la biodiversit� puis cr�e des conditions ana�robies naus�abondes et polluantes.

Environ 50% de la pollution des eaux en Europe est due aux �levages massifs d'animaux. En Bretagne, la pollution des eaux due aux �levages porcins est une catastrophe majeure. Aux USA, la part de pollution des eaux due � l'agriculture est plus importante que celle due aux villes et aux industries r�unies. En Suisse centrale, plusieurs petits lacs comme ceux de Sempach et de Baldegg sont si eutrophes (� cause de l'�levage bovin) qu'on a d� les oxyg�ner artificiellement � l'aide de pompes.

La biodiversit� :

La destruction des for�ts et le sur-p�turage, la pollution des eaux et le d�r�glement climatique d�truisent l'habitat d'innombrables esp�ces, ce qui ne manque pas de causer la disparition d�finitive de nombre d'entre elles.

De plus, les animaux que les humains utilisent pour se nourrir sont le fruit d'une tr�s �troite s�lection des esp�ces et races les plus rentables, que l'on reproduit � volont� au d�triment de l'immense vari�t� existant � l'�tat sauvage. Ce processus atteint actuellement son paroxysme avec les OGM qui sont en train d'�tre exp�riment�s tant sur les v�g�taux que sur les animaux.

L'effet de serre :

On a vu les probl�mes de d�forestation caus�es par l'�levage et le p�turage, et on peut facilement en d�duire les cons�quences en terme de larguage de dioxide de carbone (CO2) dans l'atmosph�re, donc d'augmentation de l'effet de serre.

On sait moins que la production de m�thane par les pets des vaches suisses augmente plus l'effet de serre que nos transports ! En effet, le m�thane (CH4), gaz produit dans les processus de d�gradation ana�robie (sans oxyg�ne) de la mati�re organique, est environ 20 fois plus efficace que le CO2 en terme d'effet de serre. Or, les intestins des ruminants en produisent beaucoup, d'autant plus s'ils sont nourris de mani�re intensive avec des c�r�ales. R�sultat : la quantit� de m�thane dans l'atmosph�re a augment� de 150% en moins de deux si�cles (les ruminants n'en sont pas la seule cause, mais une des principales).

N'oublions pas la consommation accrue d'�nergie destin�e � faire parvenir les produits d'origine animale dans nos assiettes : les tracteurs roulent au Diesel ; les intrants chimiques (fertilisants, biocides) demandent de l'�nergie � la fabrication ; le transport du fourrage et du b�tail se font souvent sur de longues distances ; les �levages, les abattoirs, les fromageries, la pasteurisation, le conditionnement, les cong�lateurs consomment de l'�lectricit� et de la chaleur.

La m�decine :

L'alimentation animale augmente indiscutablement les d�g�ts sanitaires de la "malbouffe" dans les pays riches : cholest�rol, cancers, ost�oporose... Voir la brochure "V�g�talisme et sant�" aux �ditions T'okup.

Le co�t environnemental du traitement m�dical de ces maladies "de civilisation" n'a probablement pas encore �t� �valu�. On peut toutefois imaginer qu'il est tr�s important !

Illusions des omnivores bien-pensant-e-s

Pour r�pondre � l'argument : "je ne mange que peu de viande", il faut bien constater que ce n'est pas le cas de tout le monde. La consommation mondiale de viande a plus que doubl� depuis 1950. En 1990, la consommation de viande en Suisse avait d�pass� la consommation de pain. L'alimentation de ce pays est aussi caract�ris�e par une consommation �lev�e de lait et de fromages. Une �tude r�cente s'inqui�te du fait qu'une forte proportion de la population ne mange pratiquement pas de l�gumes. La Suisse n'est bien s�r pas un cas isol� dans les pays industrialis�s. C'est donc bien d'une alimentation bas�e sur la consommation d'animaux que nous parlons. M�me si la tendance au cours des ann�es 1990 a �t� une lente diminution de la consommation de viande et une progression des aliments v�g�tariens "de substitution", l'ensemble de la soci�t� n'a pas chang� de mode de consommation en 10 ans.

Certaines personnes, en discutant avec des v�g�talienNEs, justifient leur consommation d'animaux par le fait qu'"il faut bien que les vaches et les ch�vres broutent l'herbe des prairies et des alpages". Ensuite, ces personnes en concluent que "la viande, c'est �cologique". Ceci sous-entend qu'illes ne consomment que des produits animaux issus du p�turage, ce qui est g�n�ralement faux malgr� le fait qu'illes "font attention". La r�alit� est que la majorit� du b�tail est nourri avec des aliments concentr�s : c�r�ales, soja, farines douteuses, qui doivent �tre cultiv�s � cet effet.
Leur raisonnement est d'autant plus d�plac� qu'il fait r�f�rence � un contexte qui n'est plus celui d'aujourd'hui, celui o� la production
alimentaire �tait int�gr�e dans la soci�t� paysanne. Ensuite, on peut
discuter de l'impact �cologique du p�turage, qui d�pend fortement des
conditions �conomiques des communaut�s pastorales qui ont souvent men� au surp�turage, et donc � un fort appauvrissement des �cosyst�mes exploit�s.

Posons-nous plut�t la question : quel est le r�le �cologique, aujourd'hui, de notre alimentation bas�e sur l'exploitation des animaux ? Il faut pour cela consid�rer le contexte dans lequel nous vivons : une soci�t� urbaine, industrielle et marchande.

Finie l'autonomie alimentaire, bonjour l'agriculture et l'�levage intensifs, l'industrialisation tous azimuts. M�me s'il existe encore des bergerEs sympas et depuis peu des �leveurEs bio, l'�crasante majorit� de la production alimentaire est organis�e, rationalis�e � grande �chelle, et repr�sente pour l'�conomie capitaliste un secteur industriel comme un autre.

Urbanisation et alimentation

Un des facteurs psychologiques masquant la r�alit� est le suivant : les habitantEs de la campagne sont maintenant int�gr�Es au mode de vie urbain, mais ne veulent souvent pas l'admettre. Ce paradoxe est caricatur� par la m�nag�re vaudoise remplissant son caddie de viande emball�e sous plastique au supermarch� de gros... Un reste de culture issue d'un mode de vie paysan, en r�alit� en d�clin depuis plusieurs g�n�rations. La production agricole (bio y compris) passe par des grandes centrales de distribution, pour alimenter les supermarch�s des villes et des campagnes. Les petites boucheries se font rares, et l'abattage "� la maison" est ill�gal, car non soumis � l'imp�t. Pourquoi un tel syst�me s'est-il mis en place ?

Les r�gions dens�ment peupl�es, les syst�mes urbains en particulier, doivent importer des ressources pour s'alimenter. Ceci implique que d'autres r�gions doivent produire plus que ce qui est n�cessaire � leur propre consommation, pour pouvoir exporter vers les villes. Pour s'assurer de leur alimentation continue, les villes doivent s'assurer de la collaboration sans faille des campagnes ou des r�gions qui les nourrissent, et le font en �tablissement sur celles-ci des rapports de domination sociale : propri�t� priv�e, �tatisation, colonisation, industrialisation, guerres. Pensons au colonialisme et � son importance pour le d�veloppement des villes et des �tats occidentaux. Tout au cours de l'histoire, les villes ont progressivement constitu� le lieu du pouvoir, menant les processus de domestication de l'humanit� : agriculture, esclavage, servage et salariat.
Le salariat est la forme de domestication qui correspond � la r�volution industrielle, et l'exode rural forma le prol�tariat industriel, d�pendant de l'�tat bourgeois.

Parall�lement progressa aussi la domination de la nature : de la r�volution n�olithique � la r�volution industrielle, la "nature sauvage" s'est transform�e aux yeux des humains en "ressources naturelles", � mesure que les progr�s techniques pouss�rent de plus en plus loin les possibilit�s d'exploitation de la nature. La domestication des c�r�ales permit non seulement � des plus
grands groupes humains de se rassembler et cr�er des villes, mais aussi � des �lites de se former dans ces villes autour du savoir technique et du stockage des c�r�ales, indispensables aux populations urbaines qui en d�pendaient. C'est le m�me sch�ma qui n'a cess� de se r�p�ter depuis : la domestication d'un �l�ment pr�existant dans la nature permet � une �lite de domestiquer d'autres humains.

Prenons maintenant le contexte actuel des �tats industrialis�s. L'ancienne classe paysanne y est maintenant consid�r�e comme un ensemble de salari�-e-s, qui sont exploit�-e-s par divers groupes priv�s (grands propri�taires, centrales de distribution alimentaires, semenciers, industries des machines agricoles, des pesticides, des antibiotiques, etc...) mais aussi par l'Etat (TVA, imp�ts fonciers, imp�ts de succession lors de l'h�ritage de la ferme, ...) Dans un tel rapport de domination et d'exploitation, les agriculteur-ice-s luttent pour leur survie et doivent produire � moindre co�t, ce que les pouvoirs en place justifient gr�ce � leur id�ologie productiviste.

Le v�g�talisme contre le productivisme ?

Selon cette id�ologie, la voie du progr�s est l'augmentation continue de la productivit�, c'est-�-dire la diminution des co�ts de production par rapport � la richesse produite. Un exemple typique de l'id�al productiviste est l'�nergie nucl�aire, qui �tait vant�e � ses d�buts comme une source d'�nergie tellement bon march� que la mesure de sa production co�terait plus cher que la production elle-m�me ("too cheap to meter"). Ce qu'on voit en pratique, c'est que cette id�ologie profite uniquement aux poss�dantEs et n�glige les cons�quences sociales et environnementales de la production. Le productivisme est la logique de la privatisation des profits et de la collectivisation des co�ts (les fameux "co�ts externes").

�a s'applique bien s�r au nucl�aire, mais aussi � l'�levage : l'exigence de minimisation des co�ts conduit � la concentration et � l'industrialisation des �levages, ce qui profite aux capitalistes �num�r�s pr�c�demment (grands propri�taires, Migros, etc...) et co�te au bien-�tre des animaux et � la soci�t� en g�n�ral. Gestion publique des pollutions, endettement de la petite paysannerie puis mise au ch�mage, subventions de la production de viande, de lait, etc... Il est donc faux de dire que les consommateurs et consommatrices b�n�ficient du faible co�t des produits animaux, puisqu'en tant que contribuables, illes assument les "co�ts externes".

Le raisonnement environnementaliste de certain-e-s v�g�talien-ne-s comporte une dimension �conomiste qui ne se distancie pas clairement de l'id�al productiviste, car elle inciterait � passer � une alimentation v�g�talienne pour des raisons d'efficacit� �conomique. Habituellement, cet argument est ajout� p�le-m�le � ceux qui contestent l'exploitation des animaux, et la destruction du monde en g�n�ral. Un point de vue �cologiste radical devrait se contenter de ces derniers arguments pour contester tant l'alimentation pr�datrice que le productivisme.

Vers un �levage industriel propre ?

Les adeptes du d�veloppement durable et de l'�cologie industrielle
voudraient recycler syst�matiquement les sous-produits animaux dans des nouveaux proc�d�s industriels, offrant du coup des d�bouch�s aux industries animalivores. Premi�rement, c'est une illusion que de vouloir tout recycler, puisque tout proc�d� d�grade de la mati�re et de l'�nergie, comme le d�crit le deuxi�me principe de la thermodynamique, donc essayer de tendre vers la production "z�ro-d�chet" se heurte � des probl�mes croissants de co�ts financiers, �nerg�tiques et mat�riels. Des limites de l'�cologie industrielle : les risques de contamination dans le recyclage des farines animales n�cessitent qu'une partie des d�chets animaux solides soit br�l�e, ce qui est un recyclage entropiquement moins efficace que le recyclage de mati�re.

Autre exemple : consid�rons par exemple le probl�me des pets de vache.
Supposons que ces �manations emp�chent la Suisse de respecter le protocole de Kyoto. Les ing�nieurEs se demanderont : comment valoriser ce sous-produit de l'industrie laiti�re, ce qui nous permettra du m�me coup de prot�ger l'environnement? On peut imaginer de traiter l'air des �tables, et il faudrait pour cela que les vaches elles-m�mes y soient confin�es et ne voient jamais la lumi�re du jour. Outre le fait que ce soit contraire aux objectifs de la lib�ration animale, le m�thane est surtout trop dilu� dans l'air des �tables pour �tre
r�cup�r� de mani�re rentable. On entendra alors la plaisanterie habituelle :
"Ya qu'� mettre un sac au cul des vaches !" que les ing�nieurEs risquent fort de prendre au s�rieux quand on sait la sophistication qu'illes mettent d�j� � concevoir des techniques adaptant la vie du b�tail aux imp�ratifs �conomiques. Imaginons qu'illes trouvent un moyen de fixer une proth�se aux vaches pour capter leurs bio-pets, ce que les vaches appr�cieront aussi... Mal( ?)heureusement, des �conomistes de l'environnement viendront expertiser que le co�t de ces proth�ses d�passe les co�ts externes engendr�s par l'augmentation de l'effet de serre. Finalement, la solution qui s'impose : cr�er des vaches g�n�tiquement modifi�es pour ne pas polluer. Il para�t que la recherche scientifique y travaille d�j�... Et voil� : on saura alors appr�cier ces nouvelles manipulations qui r�ifient (en font des choses) encore plus les animaux, si c'est encore possible, sous des pr�textes environnementalistes.

Ne pas choisir entre les humains et les autres

Nous avons pu constater, vu ses cons�quences environnementales et son
utilisation �conomique, que l'alimentation pr�datrice contribue � piller la terre et � cr�er la mis�re g�n�ralis�e.

Au lieu de ne faire que d�placer les probl�mes, il faut se rendre �
l'�vidence que le meilleur moyen de r�duire la consommation est de ne pas consommer, et que la voie la plus simple pour r�duire les d�chets est de ne pas en produire.

Au niveau �thique, le v�g�talisme s'inscrit dans le cadre de l'antisp�cisme (voir dans les d�finitions). On peut consid�rer que les souffrances des animaux d'�levage sont les souffrances directes que refusent les antisp�cistes, alors que les d�g�ts environnementaux de l'alimentation actuelle causent des souffrances indirectes aux animaux en d�truisant leurs habitats. C'est une dimension non n�gligeable des int�r�ts en jeu dans nos choix alimentaires.

On peut m�me �largir la perspective, et consid�rer que le v�g�talisme
s'inscrit dans la philosophie de l'�cologie profonde, qui pr�ne notamment l'�galit� morale entre toute esp�ce vivante, humaine, animale, v�g�tale ou autre, et attribue aussi une valeur propre aux �cosyst�mes (�galitarisme biocentrique). Il s'agit selon l'�cologie profonde de mettre en question non seulement la souffrance (pathocentrisme), mais globalement l'utilitarisme qui nuit au droit � l'existence de la majorit� des esp�ces "inutiles" et condamne les autres � devenir des choses (r�ification), par exemple pour l'alimentation humaine. Ce point de vue serait d'autant plus coh�rent pour un-e v�g�talien-ne que la destruction des �cosyst�mes comme les lacs ou les for�ts � cause de nos choix alimentaires serait moralement d�sapprouv�e en tant qu'�cologiste "profond-e".

Par contre, aucun de ces courants d'id�es n'attaque implicitement les
hi�rarchies internes � l'esp�ce humaine. Il existe une tendance chez les v�g�talienNEs, les partisanEs de la lib�ration animale et les �cologistes profonds � consid�rer l'esp�ce humaine comme un tout indiff�renci�, ind�pendamment de la position sociale des individuEs. Ce qui n'incite gu�re � combattre l'injustice sociale, ni � analyser les causes internes � la soci�t� de l'�crasement de la vie non-humaine. La lutte pour la lib�ration animale aurait tout � gagner de comprendre certaines dynamiques culturelles qui fa�onnent le rapport aux animaux non-humains et l'id�e de "nature", pour pouvoir ensuite mieux les contrer.

Un des risques des analyses "a-sociales" est de pr�coniser de r�duire le nombre d'�tres humains par tous les moyens, et d'encourager les �pid�mies, les st�rilisations forc�es et les g�nocides. Certains d�clarations de ce types ont �t� faites dans les ann�es 1980 par des "deep ecologists" am�ricains. S'il faut effectivement constater d'une part que le niveau actuel de la population humaine n'est pas soutenable pour la plan�te, d'autre part que l'humanisme exclusif est inacceptable, il est tout aussi inacceptable de proposer des solutions n�gligeant la souffrance et les int�r�ts des humain-e-s. Il ne s'agit pas de "venger la nature", car cela reproduit l'erreur fondamentale de consid�rer l'humanit� comme �tant s�par�e de la nature.

Pour �viter ces lourdes erreurs id�ologiques, il faut r�aliser la complexit� de la soci�t�, dont tou-te-s les �cologistes et les v�g�talien-ne-s sont issu-e-s, et en tenir compte pour mettre en place des strat�gies efficaces. Par exemple, la plus efficace et la plus digne des strat�gies de contraception est une �ducation f�ministe. En ce qui concerne l'alimentation, le passage du fast-food � une alimentation �cologique et non-pr�datrice ne se fera pas s'il manque le plaisir et la convivialit� d'une bonne bouffe partag�e. Dans ces deux exemples, on peut � la fois les int�r�ts humains et non-humains. Il faut conjuguer la lib�ration animale et le respect de la biosph�re en g�n�ral avec la lib�ration humaine.

R�volution sociale et �cologique !

Il faut aussi pour cela �viter les pi�ges de l'environnementalisme qui ne rompt pas avec les fondements de la domination et de l'exploitation. L'id�ologie du d�veloppement durable pourrait-elle r�cup�rer le v�g�talisme pour sauver le capitalisme ? Le v�g�talisme semble pourtant en nette opposition avec l'id�ologie de la croissance, ne justifiant pas l'existence d'un secteur industriel par sa contribution au PIB, mais jugeant son activit� comme �tant nuisible en
soi.

Dans une perspective libertaire et r�ellement �cologiste, il faut penser le v�g�talisme dans une perspective de d�croissance �conomique, de r�appropriation de l'alimentation. Dans le contexte actuel, �tre v�g�talienNE pousse � cuisiner soi-m�me, � questionner l'industrialisation, mais � partir d'un certain seuil de tension �cologique et sanitaire que nous sommes en train de passer, l'industrie produira de plus en plus de produits "�cologiques et sains" ainsi que v�g�taliens, au-del� m�me des b�n�fices d'image pour les entreprises.

Mais rien ne pousse le syst�me productif capitaliste � d�passer les
conditions de production esclavagistes, que ce soit pour du b�tail OGM ou des l�gumes bio. Rien ne le pousse � d�passer le sch�ma "bouffe de merde pour les prolos, di�t�tique pour les riches". La logique productiviste demeure si on ne renverse pas le syst�me �conomique qui l'incarne. La lutte pour les int�r�ts humains doit �tre int�gr�e de mani�re coh�rente dans une strat�gie antisp�ciste.

Un des enjeux principaux est de sortir du salariat et se battre pour
atteindre l'autonomie alimentaire et �conomique, pour l'autonomie politique (autogestion). On doit pour cela se d�faire de la d�pendance et de la domination de l'Occident sur le reste du monde, d�fier l'urbanisation/industrialisation de nos espaces, s'approprier des technologies �mancipatrices, combattre la marchandisation du vivant.

Selon ce dernier objectif, on peut argumenter qu'en �tant plus sain, le v�g�talisme nous aide aussi � une r�appropriation de la sant�, �vitant de recourir au salaire pour r�tribuer le savoir sp�cialis� de la m�decine bourgeoise. Certain-e-s pr�conisent "l'exode urbain". Pour nourrir un nombre �norme d'humain-e-s, on peut imaginer des soci�t�s agro-foresti�res communautaires, plus nourrissantes que les monocultures, en s'inspirant par exemple de la permaculture. Et si l'on ne peut pas �liminer les villes, le v�g�talisme peut r�duire leur rapacit�, et rendre plus envisageable l'autonomie alimentaire.

Mais ces strat�gies sont insuffisantes, car pour �viter de se cantonner � des exp�riences marginales, il faut renverser le syst�me en place. Car, comme le montre l'histoire, l'Etat capitaliste, productiviste, marchand, etc... s'oppose toujours violemment � ce qui menace sa perennit�, ce � quoi il ne peut pas s'adapter. L'objectif d'une alimentation non-pr�datrice, ni pour les humains ni pour les autres esp�ces, s'inscrit dans une rupture vis-�-vis du rapport � la "nature" qui fonde notre soci�t� de domination et d'exploitation. Il y a donc fort � craindre que sans r�volution sociale, tant la lib�ration humaine que la lib�ration animale se feront attendre !

Quelques d�finitions

Ces d�finitions sont propos�es dans le but de faciliter la compr�hension de certains termes. Les types d'alimentation ne sont pas � consid�rer comme des cat�gories exclusives ; dans la pratique elles sont parfois �lastiques, et chacun/e d�finit son alimentation de fa�on personnelle.

V�g�tarien/ne - ne consommant aucun produit issu de l'abattage des animaux, c'est-�-dire ni viande d'animaux terrestres, ni viande d'animaux marins, ni g�latine, ni pr�sure, ni caviar.

V�g�talien/ne(ou v�g�tarien/ne strict/e) - ne consommant que des v�g�taux, c'est-�-dire ni viande, ni produits laitiers, ni miel.

Vegan - terme anglo-saxon, souvent traduit par v�g�talien/ne en fran�ais. Un/e vegan, en plus d'�tre v�g�talien/ne, n'utilise aucun produit d'origine animale, dans toutes les facettes de sa vie, c'est-�-dire ni laine, ni cuir, ni fourrure, ni cire d'abeille, ni produits test�s sur les animaux, etc...

Freegan - ce terme anglo-saxon s'applique aux personnes dont le mode de consommation est vegan, mais qui acceptent de se nourrir de produits d'origine animale lorsque ceux-ci sont obtenus sans soutenir leur production. Par exemple, un/e freegan mange du fromage r�cup�r� gratuitement aupr�s de quelqu'un qui s'en d�barasse, mais n'en ach�te pas.

Frugivore / fruitarien/ne - ne se nourrissant que de fruits (frais, secs, graines) pour ne pas d�truire de plantes, ce qui peut �tre �vit� dans une certaine mesure en se limitant � la cueillette de fruits.

Crudivore - ne se nourrissant que d'aliments crus. CertainEs crudivores sont aussi v�g�tarien/nes ou v�g�talien/nes.

Lib�ration animale - terme d�finissant la volont� que les animaux ne soient plus exploit�s par les humains, dans le but de leur en �pargner la souffrance, que ce soit pour les manger, utiliser leur force, s'en servir pour la recherche, pour ses loisirs, ou autre.

Antisp�cisme - courant �thique s'opposant au sp�cisme, c'est-�-dire � la discrimination sur la base de l'appartenance � une esp�ce. Tr�s proche de la lib�ration animale, ce courant se fonde sur le principe que les int�r�ts d'un animal � ne pas souffrir et � vivre une vie satisfaisante importent autant, moralement, que les int�r�ts �quivalents d'un �tre humain.

Ecologie profonde(en anglais "deep ecology") - �thique �cologique selon laquelle toute la nature a une valeur propre (biocentrisme, holisme), et pas seulement une valeur utilitaire pour les humains (anthropocentrisme, environnementalisme). Toutes les esp�ces vivantes, mais aussi les �cosyst�mes, sont des sujets moraux selon l'�cologie profonde. Vu la situation actuelle, certainEs "deep ecologists" pr�conisent une r�duction importante de la population humaine.

Ecologie sociale - ce courant de l'�cologie politique propose d'analyser les causes sociales de la destruction de l'environnement, et de s'appuyer sur les luttes sociales pour cr�er une soci�t� �cologique et libertaire.

Ecologie industrielle - approche de l'ing�ni�rie visant � recycler tous les d�chets industriels dans d'autres proc�d�s, en planifiant les proc�d�s industriels de mani�re int�gr�e. Ses promoteurs pr�tendent s'inspirer de la nature.

D�veloppement durable - terme utilis� pour d�signer un d�veloppement
�conomique qui concilierait la croissance �conomique avec le respect de l'environnement et l'�quit� sociale. Ses promoteur-ices ne remettent pratiquement jamais en cause l'id�ologie et la symbolique du d�veloppement, ni les fondements de l'�conomie marchande.

Permaculture - approche de l'agriculture et de l'habitat visant l'autonomie et la stabilit� � long terme et � minimiser les besoins en travail et en �nergie, notamment en imitant les �cosyst�mes naturels par la compl�mentarit� des esp�ces. L'organisation dans l'espace et dans le temps doit �tre planifi�e de telle sorte que chaque fonction soit assur�e par plusieurs �l�ments (plantes, animaux, eau, soleil...), et que chaque �l�ment ait plusieurs fonctions (nourriture, protection, chauffage, �puration...), pour garantir la p�rennit� du syst�me.

Pour avoir plus d'infos sur le v�g�tarisme/lisme/veganisme, inscrivez vous sur la liste vegetarien_fr

merci de votre attention, et � philippe de l'AVIS

no�mie.

Ce 14 juillet, des corridas sont organis�es dans les communes de Bayonne, Plaisance du Gers et aux Saintes Maries de la Mer (voir le programme ci-dessous).

SVP envoyez leur un mot, m�me bref, pour leur donner votre avis � ce sujet et pour leur dire que vous n'irez pas dans leur commune tant que ces spectacles y auront lieu.

Pour Bayonne:

m.le.maire@ville-bayonne.fr

et formulaire � la page:

http://www.ville-bayonne.fr/utils/contact.asp?c=1

Pour Plaisance du Gers:

mairie-plaisance-du-gers@wanadoo.fr

Pour les Saintes Marie de la Mer:

info@saintesmaries.com

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Programme :

SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

Jeudi 14 Juillet. Corrida du Centaure d'Or taureaux de Tabernero de Vilvis pour Joao Moura, Pablo Hermoso de Mendoza et Joao Moura fils

PLAISANCE DU GERS

Jeudi 14 Juillet. Cnovillada

BAYONNE feria de juillet

jeudi 14 juillet matin novillada sans picadors erales �el palmeral� Bidache Javier Anton Salvador Barberan Julien Dusseing "El Santo" Patrick Villebrun
jeudi 14 juillet 18h : corrida de novillos de Puerto de San lorenzo Mario Miguel Medhi Savall David Esteve
vendredi 15 juillet 21h30 :
corrida portugaise Toros Francois Andre ( Arles) Rui Fernandez � Raul Martin Burgos � et Julie Calvi�re et les for�ados de Alcochete

merci beaucoup,


no�mie.

C�r�monie du th�

| 1 Comment

Si je me souviens bien, j'avais fait le m�me genre de post sur la c�r�monie du th� exactement au m�me moment l'ann�e derni�re, c'est donc une sorte de marronier de ce blog :o)
Mais j'adore le th� et je suis tr�s th� vert en ce moment (comme l'ann�e derni�re au m�me moment, � croire que l'�t� et plus particuli�rement le mois de juillet sont propices au th� vert...)

bonne lecture,

no�mie.

"C�r�monie du th�

Le Th� vert - Ocha

Origine et tradition

Hideki versa de l'eau bouillante dans une tasse, m�langea le th�, porta la tasse � son front, l'abaissa et en but quelques gorg�es. Bien maladroitement, je l'imitai.

- "Doucement, tr�s doucement, insista-t-il. Ainsi vous saisirez le plaisir du geste avant m�me que d'appr�cier votre th�. Le th� a une longue histoire et il f�t introduit au Japon vers l'an 800 sous la forme d'une poudre qui servait � soigner les malades ou � confectionner des boissons pour les pr�tres et les riches. Le Japon �tant en relations �troites avec la Chine, influenc� par la religion bouddhiste et la philosophie alimentaire, on introduisit aussi � cette �poque la culture du th� principalement dans la r�gion de Nara.

Nous buvons, dit-il, le Sencha; c'est une vari�t� d' ocha (th� vert ) tr�s doux mais, pour la c�r�monie du th� nous utilisons des feuilles cueillies sur des th�iers sp�ciaux et tr�s anciens. Nous sommes, me dit-il en riant, aussi maniaques en fait de th� que les plus traditionalistes des lords anglais".

- Le th� poursuivi mon h�te, est une v�ritable c�r�monie. C'est Cha-no-yu, une histoire remontant � Sen-no Rikyu, un moine zen du XIIIe si�cle, qui �crivit un code du th�, en �tablit la r�gle s�v�re et compliqu�e. J'admirai la subtilit� des mots et compris le message. Par respect et aussi afin de prouver qu'un Occidental en est capable, je bus en silence et d�couvris un moyen extraordinaire de communication.

Culture et traitement
Le th� vert n'est pas une vari�t� mais un mode de r�colte. Si le th� noir qu'il soit anglais ou chinois est r�colt� � maturit� et s�ch� naturellement, ce dernier est produit avec de jeunes feuilles qui sont imm�diatement chauff�es � la vapeur pendant une trentaine de secondes pour arr�ter toute fermentation et conserver � la feuille toutes ses propri�t�s m�dicinales et nutritives.

Vari�t�s

* le Sencha - tr�s populaire est cueilli en mai ou juin; il est � la fois doux et amer. C'est un th� de qualit� moyenne utilis� comme boisson quotidienne
* le Gyokuro - prot�g� du soleil par une b�che il se cueille un peu plus tard; son go�t est plus prononc� et il est moins amer. C'est un th� de qualit� sup�rieure
* le Bancha - issu de la deuxi�me ou de la troisi�me r�colte, est produit � partir des feuilles restantes, un peu plus dures et sa qualit� est inf�rieure
* le Houjicha - un th� Bancha grill�
* le Genmaicha - un th� Bancha m�lang� � du rix complet grill�
* le Macha - un th� qui est cultiv� uniquement pour la c�r�monie du th�, est un th� vert, finement moulu sous forme de poudre juste avant d'�tre pr�par�
* le Mugicha - th� d'orge que l'on boit g�n�ralement glac�

Mode de consommation

Le th� japonais est fait en faisant chauffer � la vapeur de jeunes feuilles en les frottant; elles sont ensuite mises � s�cher.

Il se boit nature, sans lait, sans sucre, sans citron, tr�s chaud dans de petites tasses sans anse en porcelaine. L'eau au Japon est tr�s douce aussi est-il pr�f�rable d'utiliser de l'eau distill�e ou de l'eau de source pour obtenir un go�t aussi d�licat.

La c�r�monie du th� - Chado
Cette tradition remonte au XIIIe si�cle, soit plusieurs si�cles apr�s l'introduction du th� au Japon, une tradition perp�tu�e par les moines boudhistes Zen pour atteindre le spiritualisme car le th� avait entre autres comme vertu de combattre la fatigue. C'est au XVe si�cle qu'on assiste � la c�r�monie du th� dans toute sa perfection rituelle, un chef-d'oeuvre de raffinement � la cour imp�riale. Le Ma�tre du th� gouverne chaque phase de la c�r�monie depuis le choix de la grandeur de la pi�ce, le nombre des invit�s, la disposition des ustensiles jusqu'au service.

La th�i�re, le support et le bol sont nettoy�s avec un linge de soie appel� fukusa. Le bol est ensuite lav� � l'eau bouillante que l'on prend de la traditionnelle bouilloire en fer maintenue au chaud au-dessus des charbons de bois. Ensuite, avec des gestes remplis de solennit�, on mesure avec grand soin la poudre de "macha", une vari�t� de th� vert uniquement cultiv� pour cet usage - seules les plus belles feuilles sont r�duites en poudre. La poudre est vers�e dans le bol � l'aide d'une longue cuill�re � th� en bambou. On verse ensuite l'eau qui doit �tre la plus pure, la plus fra�che et au bon degr� de temp�rature sans qu'elle ait bouilli ou mijot� sans exc`s car c'est dans la mesure que l'on tire le respect des choses. Le th� est ensuite fouett� et non infus� avec un chasen, un fouet en bambou fait main pour produire une �cume vert jade. La technique requiert des ann�es d'exp�rience, un jeu du poignet gracieux et �l�gant � la fois. On boit ensuite le th� � petites gorg�es pour en appr�cier chaque ar�me. Le Japonais consacre environ 40 minutes pour une simple c�r�monie du th� mais on doit calculer plusieurs heures si la c�r�monie est accompagn�e du traditionnel kaiseki, le repas traditionnel servi avec la m�me �l�gance dans la gestuelle et le symbolisme."

Source : ICI

et merde...

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Encore un groupe mortel que je n'aurais pas vu en concert :o(

"7/7/05 - Dear Friends....

After seven years, hundreds of shows, thousands of miles, 46 states, four continents, three albums, only one flat-tire and countless nicknames for Shawn Brackbill, Q and Not U is disbanding.

With all of your support, we feel that we've reached all of our shared goals as Q and Not U and we're ready to move on to other projects in life. We all hope to play music together again someday, but we feel that it's a beautiful and natural time to bring this band to a close.

How can we possibly thank everyone for the incredible friendship and support you've shown us over the years? We've always viewed this band as something that extends far beyond the three of us and we're eternally grateful for all the love you've shown. We're so happy to have shared such an important chapter of our lives with you. Thanks for being beautiful.

We're still playing a handful of shows this summer, (Siren Festival, the Stone Pony, Fort Reno), and we are currently confirming some farewell shows in D.C. for September. Those details will be announced shortly. Again, thank you for making all of this possible for us.

All of our love: John, Harris, Chris"

Source : www.qandnotu.org, merci � Attica Webzine pour l'info, � vous tous pour votre attention et vive le th� vert au jasmin!!! (et fuck mac OS X et les cd bootable impossible � graver, grrrr!!!)

no�mie.

Le consom'action, envoyer des emails et passer quelques coups de fils.. c'est donc du terrorisme...


Jamie Wilson in Washington
Friday May 20, 2005
The Guardian

"Environmental extremists and animal rights activists, including the British-based Stop Huntingdon Animal Cruelty, pose one of the most serious terrorism threats to the US, according to the FBI.

John Lewis, the FBI's deputy assistant director for counter terrorism, told a Senate committee that activists had claimed responsibility for more than 1,200 criminal incidents in the US since 1990, including arson and bombing attacks against animal research laboratories and the pharmaceutical and cosmetic industries.

Article continues "There is nothing else going on in this country over the last several years that is racking up the high number of violent crimes and terrorist actions," Mr Lewis said.

He singled out the Animal Liberation Front (ALF), the Earth Liberation Front (ELF) and Stop Huntingdon Animal Cruelty (Shac) as being of particular concern.

Mr Lewis said the FBI drew its conclusions after looking at all types of cases and comparing the animal rights groups with "rightwing extremists, KKK, anti-abortion groups and the like".

He said most animal rights and eco-extremists had so far refrained from violence targeting human life, but added that this could change. "We have seen an escalation in violent rhetoric and tactics," he told the Senate environment and public works committee.

"Attacks are also growing in frequency and size," he said, adding that it was plainly a matter of luck that nobody had been killed. "Once you set one of these fires they can go way out of control."

Shac was formed to close down the Cambridgeshire-based animal research firm Huntingdon Life Sciences, but seven of its US activists are due to go on trial next month on charges of vandalising com pany property and harassing lab employees and customers at the company's facility in East Millstone, New Jersey.

However, a spokesman for Shac in the UK laughed at the FBI allegations. "The FBI should remember they are not in the movies," he said. "If they think Shac is a terrorism organisation then they should get out a bit more. It's a funny terrorist organisation that has never killed a human, never harmed a human and does not want to bring down the government.

"If they think we are terrorists then they probably think Greenpeace and Friends of the Earth are terrorists as well."

Frank Lautenberg, a Democratic Senator from New Jersey who described himself as a "tree hugger", said: "The Department of Homeland Security spends over $30bn (�16.3bn) a year to protect the home front." After listing al-Qaida, Hamas and Hizbullah, he wanted to know who else the FBI considered terrorists: "Right to Life? Sierra Club? [America's largest environmental group]"

In the UK, the concerted campaigns by activists against pharmaceutical firms have been blamed, by the industry, on decreased spending on research and development. According to the Association of the British Pharmaceutical Industry R&D funding fell by �100m during 2002 and 2003.

"It is clear that the continuing threat posed by animal extremists is a contributory factor," said Vincent Lawton, the president of the trade association and an executive at the American drugs firm Merck.

The association said the number of incidents of damage to a company or personal property by animal rights extremists had increased by 18% in 2004 and abusive phone calls or texts increased almost three-fold. However, the number of demonstrations and visits to employees' homes had fallen."

Source : The Guardian

More online resources for activist activity :

Bite Back Magazine

No Compromise

Arkangel

The Guardian

merci de votre attention,

no�mie.


ALF is everywhere...

| 5 Comments

Un article tendancieux � la con, �crit par un stagiaire venant probablement tout droit de je ne sais quelle presse quotidienne r�gionale, plus habitu� � couvrir les galettes de rois du club du 3�me age dans la salle polyvalente de Germiny-Les-Pr�s que de vrais sujets de fond... mais ce n'est pas �a qui compte, ce qui compte c'est que ALF a encore assur�...


"Des milliers de visons d'�levage "lib�r�s" par des �cologistes en Galice"

AFP 08.07.05 | 13h45

Des milliers de visons d'�levage se sont retrouv�s dans la nature vendredi matin en Galice (nord-ouest du pays) apr�s avoir �t� "lib�r�s" par un groupe d'�cologistes radicaux, a-t-on appris aupr�s de la municipalit� de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Une partie de l'enceinte d'un �levage comptant 30.000 visons, a �t� "intentionnellement abattue" et "plusieurs milliers" de ces mammif�res se sont �chapp�s, a indiqu� Marta Ivarez-Santullano, �lue municipale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

La police et la Garde civile ont appel� les automobilistes � la prudence dans cette zone alors que d�j� plusieurs visons sont morts sous des roues de voitures en voulant traverser la chauss�e.

Des responsables de l'�levage, aid�s par des employ�s municipaux, vont tenter de r�cup�rer les animaux mais "cela s'annonce difficile parce
qu'ils mordent" a soulign� Mme Ivarez-Santullano, adjointe � la mairie de Saint-Jacques-de-Compostelle en charge des questions d'environnement.

Les premiers �l�ments recueillis sur place par la police indiquent que
l'action a �t� commise par le Front de Lib�ration des Animaux (ALF), une organisation �cologiste extr�miste, fond�e en Grande-Bretagne, qui lutte contre l'exploitation animale.

Le vison d'Am�rique, �lev� en cage pour sa fourrure, est un concurrent
de l'esp�ce autochtone, le vison d'Europe qui lui vit dans le sud de la France et en Espagne � l'�tat sauvage.

Les visons d'Am�rique rel�ch�s lors d'op�rations de ce type, tendent �
acc�l�rer la disparition du vison d'Europe qui est l'un des trois mammif�res europ�ens figurant sur la liste des esp�ces en voie de disparition, avec le lynx pardelle d'Espagne et le phoque moine de M�diterran�e."

source : www.lemonde.fr

plus d'infos :

ALF

www.arkangelweb.org

www.animalliberationfront.com

until every cage is empty!!

no�mie.

Un article (en anglais) au sujet d'un documentaire/film sur les
abattoirs qui passe sur la BBC en GB.

TV review
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The knives are out

Sam Wollaston
Tuesday July 5, 2005

Guardian

Somebody apparently once said that if slaughterhouses had glass walls, then we wouldn't eat meat. We wouldn't want it if we knew where it came from. Film-maker Brian Hill tests the theory out by taking his camera into an abattoir in Oldham. The result is Slaughterhouse - the Task of Blood (BBC2).

It's not pretty. A device like a huge pair of sugar tongs is clamped onto a pig's head. The pig scrunches its eyes closed, as if it knows what's about to come. The electric current is switched on, with a tiny squeal the pig keels over, stunned. It's then hoisted up by one leg, a knife plunged into its neck, and a cataract of blood gushes out in a perfect arc. The workers laugh.

Meanwhile, a machine rips the wool off a lamb's hindquarters in one piece, like a reluctant child being prepared for bed. Its feet are then severed with big pliers. In another part of the slaughterhouse, a line of calves passes by, upside down, each hanging by a single foot. They're dead, but one still kicks out with the leg it isn't hanging by, trying to claw its way back into the world it's just left. There's twitching everywhere. And blood of course, deep on the floor and splattered all over the walls, sprayed from severed jugulars. If slaughterhouses had glass walls, you still wouldn't be able to see much, because the glass would be smeared with blood.

And then there are huge tubs of horribleness - heads and feet and guts. These are testicles, says a worker, holding them up for the camera. And that's a penis, a spleen, a gall bladder.

It's in black and white mostly, with a piano sonata as accompaniment. And although it is unbelievably gruesome, there's also a strange kind of beauty to it. I don't know if Hill's aim was to turn us into vegetarians. If so, then he failed with me. It was a brilliant film though, and I'm very glad to have seen it. And I think meat-eaters should all be made to watch it, so they know what happens between the happy cow in the field and the nicely packaged sirloin steak on the meat aisle in Sainsbury's. I think I'll have that steak well done, to reduce the odds of it kicking out at me.

Source : The Guardian


Guardian Unlimited (c) Guardian Newspapers Limited 2005
Letters to the Guardian: letters@guardian.co.uk

A NOTER DANS VOS AGENDAS...

| 2 Comments

ACTION PETA (accord pr�fectoral) CONTRE LES MAGASINS DE PRET A PORTER BENETTON LE JEUDI 7 JUILLET A PARTIR DE 17H30 DEVANT LE MAGASIN BENETTON, 66 AVENUE DES CHAMPS ELYSEES PARIS 8�me.

Peta a lanc� depuis quelques mois une campagne internationale pour demander � Benetton de cesser d�acheter la laine provenant des fermes australiennes pratiquant le mulesing.

Toutes les infos et les d�tails (vid�o) au sujet de cette pratique sont visibles ICI

merci de votre attention,

no�mie.

Mangeurs de viande chass�s de Bombay

"BOMBAY EXILES ITS MEAT-EATERS
Rich vegetarians in Bombay are turning sections of their city into meat-free zones - to the indignation of meat eaters barred from living there. Housing complexes and whole neighborhoods in India's most cosmopolitan city are going vegetarian. Even on Malabar Hill, where foreigners and Indian millionaires live in mansions, some shops owners refuse to stock meat products. Bollywood stars also risk being drawn into the row. Mahima Choudhury, the actress who is such a staunch vegetarian, has done free promotions for the campaigning group People for the Ethical Treatment of Animals, is appalled at the idea of banning meat eaters from flats. "I think people should live in harmony whatever their beliefs," she said last week. "I don't agree with meat eaters being kept out of apartment blocks because vegetarians don't want the smell of meat. You can't impose your views on other people."

Leading the stealthy enforcement of the meat fatwa are businessmen -diamond merchants, traders, industrialists and clothing exporters. Many are from Gujarat, where vegetarianism is common, or are Jains, vegans who do not even eat root vegetables such as onions, garlic and potatoes. For a long stretch of Marine Drive - Bombay's Champs Elys�es - there are no restaurants serving meat, fish or eggs. Even Pizza Hut has gone vegetarian. This is not enough for the more radical vegetarians, however, who insist on the right to live among their kind.

Two years ago Jati Chedda, 32, moved into Ramkrupa Flats in south Bombay with her husband and was relieved to find the occupants of the 120 flats were all vegetarians. "We detest the smell of meat being cooked," she said. "Even omelettes give off a disgusting aroma. My relatives would avoid coming to my house if my neighbors were non-vegetarian."

Bhavesh Shah, a shopkeeper and a Jain, has thrown a cordon sanitaire around his housing complex in Breach Candy. "Our housing society asks new tenants to sign a declaration," he said. "If they're found cooking meat, they're thrown out." The Supreme Court has ruled that people who want to live in a community of "like-minded" people can prevent outsiders moving in. Sanjay Narang, a hotelier, was forced to close his restaurant after residents of the nearby vegetarian building spat at customers from balconies, threw nails at them and scratched their cars. They were particularly affronted that it was close to a Jain temple. "What they did was completely against Bombay's live and let live ethos," said Narang.

The only support for meat eaters comes from the regional Hindu nationalist party, the Shiv Sena. Hostile to Indians moving from other regions, it is indignant that "Bombay wallahs" who eat meat are being excluded from buildings by the Gujarati vegetarians. Last year a Shiv Sena group stormed vegetarian buildings demanding admission for meat eaters armed with Bombay duck, a strong-smelling dried fish. "People are free to choose their own lifestyle but imposing it on your neighbours is wrong," said Subhash Desai, a party spokesman."

Source : www.timesonline.co.uk

Quand je dis que bombay c'est une chouette ville :o)


no�mie.

don't!!!

| 2 Comments

dontdoit-02.jpg

Source : www.consolidatedskateboard.com

Une r�clame en rapport avec mon dernier commentaire sur un post pr�c�dent, "o� comment nike r�cup�re". Ne vous inqui�tez pas, ce blog ne tend pas � devenir la version web de culture pub.... et je ne suis pas en train de faire de l'acharnement th�rapeuthique :o) c'est juste pour illustrer le fait que certains, dans le skate, ont essay� de lutter. N'h�sitez pas � aller voir la cat�gorie "ad archive" de leur site, certaines de leurs pubs, sur le m�me ton que celle ci-dessus sont int�ressantes (qu'elles soient contre nike ou pour ou contre autre chose...)

bonne nuit,


no�mie.

le 03 juillet, d�j�...

| 3 Comments

Le temps s'�coule bizarrement. il y a un an tout juste, je partais pour deux mois � toulouse. c'est s�rement pour �a que je pense souvent � toulouse depuis hier... peut �tre bien qu'il y a une partie de mon cerveau qui tient un agenda et compare sans arr�t ce que je fais par rapport aux ann�es pr�c�dentes. �a ne doit pas �tre la partie la plus dr�le de moi.

La beaut� de la voix de kim deal, la classe n'est pas am�ricaine, mais kim deal, elle, oui.

- no thanks, i'm a vegan. une phrase que je r�p�te souvent, mais pourtant je vous assure qu'�tre vegan n'est jamais une source de frustration. c'est une fiert�. m�me si c'est parfois contraignant de devoir expliquer aux gens ce que nous, les vegans, mangeons ou pas et pourquoi... j'�prouve une r�elle fiert� de r�ussir � vivre selon mes convictions.

oui, je suis partie pour �crire un post d�cousu, �a faisait longtemps... c'est dr�le je n'ai pas de nouvelles de david et sandra, ni des gravity, ni de zigmoon, ni des poney club, ni des Collection... je me demande bien ce qu'ils deviennent...

juillet/ao�t - le moment de l'ann�e o� les gens ne se donnent plus trop de nouvelles car chacun change son rythme habituel, le temps s'�coule diff�remment... moi �a fait un moment que je n'ai plus trop de nouvelles... mais c'est normal, c'est � cause de l'exil.

il n'emp�che que je pense � vous tous, m�me dans l'exil.

j'ai tent� de me faire un plannning, de dresser une liste de toutes les choses que j'ai � faire, et j'ai d� mal � me dire qu'il va vraiment falloir que je fasse tout �a, m�thodiquement.

je devais aller � prague, je n'irais pas.

j'ai une �norme envie de p�tes.

vive les graines germ�es et le green magma.

gute nacht,

no�mie.

the swoosh sucks

bonjour,

Une nouvelle photo est depuis hier en ligne sur mon photoblog... il s'agit d'une photo extraite de l'exposition sur le surf f�minin que j'ai pr�sent� d�but juin � hossegor, lors des championnats du monde de surf f�minin. � signaler : un d�bat sur nike dans les commentaires de l'un des posts pr�c�dents sur ce blog ("o� comment nike r�cup�re"), chacun est invit� � s'exprimer sur ce vaste sujet... alors lachez vous :o)

bonne journ�e,

no�mie.

Nouvelles du Front...

ACTIONS ALF: FRONT DE LIBERATION DES ANIMAUX

12 MAI 2005: RUSSIE.
5 GRENOUILLES LIBEREES D'UN LABORATOIRE. MATERIEL DES VIVISECTEURS CASSE ET RECOUVERT DE SLOGANS CONTRE L'EXPERIMENTATION SUR LES ANIMAUX.

VIDEO: ICI

May 12th, 2005 (Moscow) - RALF activists come into the building of the
Biological Department of the Moscow State University and save lives of five frogs. During this raid vivisectors's equipment was damaged and spray-painted slogans against experiment on animals.

12 JUIN 2005: ALLEMAGNE. 4 POULES LIBEREES D'UN ELEVAGE

Photos: ICI

Reported by the German animal rights organization Maqi:

"Maqi animal rights activists liberated four chickens from a rearing facility on June 12th."

16 MAI 2005: ITALIE. 8 LAPINS LIBERES D'UNE FERME

PHOTOS: ICI

"in the night of 16 may we have liberated all the 8 rabbits of a small farm located near corniglio-asmall village in the mountains of Parma, Italy. The animals are now in safe homes. Till the end of every kind of exploitation, a.l.f."


6 JUIN 2005: SERPENT LIBERE DU LABORATOIRE D'UN LYCEE

PHOTO: ICI

"Two kids went into a local highschool, and found the door of a biology room unlocked, and liberated a mistreated rat snake. Even the little things count."

ALF

www.arkangelweb.org

www.animalliberationfront.com

until every cage is empty!!

no�mie.

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